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Lettre de Pekin 8

lundi 12 mai 2008


Par Jean-Paul Penot,

Journée libre pour nous. La Cité interdite est incontournable. Mais, comme je sais qu’elle autrement plus étendue que Versailles ou Buckingham Palace, je propose de l’aborder par l’entrée nord. Il n’y a ainsi pratiquement pas de queue pour les billets et l’on arrive tout de suite aux quartiers les plus intimes, les plus touchants du palais impérial. De surcroît, l’entrée se fait entre le palais et le parc Jing Shan qui est surmonté d’une élégante pagode. Cela change des tours à l’américaine.
Cette partie de la Cité impériale comprend des jardins séduisants tant les cyprès centenaires s’accordent bien avec les temples et les bâtiments aux noms symboliques (Pavillon des mille automnes, Pavillon des dix miles printemps...). Ils recèlent des collines artificielles faites de pierres choisies pour leurs anfractuosités. Evocation de la nature ou rappel du travail du jade et de l’ivoire ? Goût pour le fractal et le complexe, certainement, de même qu’en cuisine, la sensibilité à la consistance (le gélatineux, le croquant...) est plus prononcé que chez nous. Les allées sont décorées de galets formant de beaux dessins...quand ils ne sont pas détériorés par le passage de la foule. Mais avons-nous été plus prudents avec les dessins de nos grottes et les mosaïques de Saint Marc ?
Les bâtiments centraux sont écrasants et la foule qui se bouscule pour observer les intérieurs est oppressante. J’opte pour une visite des palais de l’est. Je n’ai pas su ou pu trouver l’accès aux palais de l’ouest, destinés aux concubines et sûrement plus intimes. Sont-ils fermés pour ne pas offrir une incitation malvenue au peuple ? Va pour la visite des bâtiments consacrés aux joyaux et aux calligraphies. Le petit supplément nous permet de retrouver calme et sérénité dans ces jardins. Le déjeuner sur une table et des tabourets de porcelaine y est si exotique ! Poussé par la curiosité, j’ai fait l’acquisition d’une boîte repas qui fait réchaud par un ingénieux système de vapeur ; coût 1,50 euros mais portion assez chiche, hormis le riz. Qu’importe ! Quel privilège d’avoir ce calme et de voir le lit où se reposait le dernier empereur !
Le contraste avec les bâtiments du sud, bâtiments de cérémonie et bâtiments militaires est saisissant. Les noms sont toujours aussi fleuris : palais de la Pureté céleste, palais de la Suprême Harmonie, palais de la Culture mentale, palais de la Longévité joyeuse...Le palais des Extrémités centrales me fait penser à Alphonse Allais.
Déboucher sur la place Tian’an Men ne vous sort pas du grandiose. Une parade s’y prépare. Nous observons un groupe d’une petite dizaine de femmes assises sur le rebord d’un passage souterrain. L’une d’elle, de type mongol accusé plutôt que tibétain, vitupère les policiers qui les entourent. Comme je m’approche, un policier en civil en train de téléphoner s’éloigne. Je me rapproche encore et il s’éloigne de plus belle. Mais je renonce, car ignorant la langue, il ne sera pas possible de comprendre s’il s’agit de mendiantes ou de vendeuses à la sauvette interpellées ou bien d’épouses d’opposants venues manifester.
Nous reste-t-il des jambes pour parcourir les hutongs, ces quartiers anciens qui ont été presque tous rasés ? Il le faut bien car je dois repousser le tricycle qui nous propose une visite. Par sentiment et par nécessité : il faut garder les 50 yuans qui me restent pour le taxi car il n’y a pas de distributeur de billets en vue et une visite au Grand Hôtel nous a laissé bredouilles. On travaille activement dans ces ruelles crasseuses. Consignes officielles ? Mais pourquoi ces témoignages du passé ont-ils été préservés alors qu’ils sont si près des lieux touristiques ? Est-ce pour montrer les bienfaits du communisme ? Est-ce parce que les habitants ont résisté ?
Alors que trouver un taxi est d’ordinaire chose aisée, à l’heure où la Cité interdite se vide, cela s’avère être délicat. Mais il nous faut gagner l’Opéra de Pékin où nous a convié un collègue chinois de Singapour qui avait été de passage à Pau il y a quelques années. Embouteillage monstre. Nous arrivons cependant à temps pour la représentation. Les paroles de la chanteuse apparaissent en anglais sur des écrans latéraux. Cela ne suffit pas pour apprécier ce que chante cette déesse des fleurs. D’autant que sa voix de fausset évoque les miaulements d’un chat égorgé. Les acrobaties qui suivent sont plus faciles à admirer. Mais la trame de la scène repose sur les mythes bouddhiques et mes souvenirs des avatars du Singe maléfique et de son armée sont trop vagues.
La soirée se termine par un repas au restaurant Royal Duck. Il a accueilli nombre de chefs d’états et de gouvernements, comme le rappelle une galerie de photographies qui est comme un livre d’histoire. L’entreprise fondée il y a près de 150 ans est maintenant quottée en bourse et le canard qui nous est servi porte le numéro 601 819. J’avais sans doute été hospitalier, mais je doute d’avoir fait l’équivalent et de pouvoir le faire à l’avenir...


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Votre commentaire



> Lettre du pékin neuf
13 mai 2008, par Carmontelle  

Sic gloria transit !

  • > Lettre du pékin neuf
    13 mai 2008  

    Hum smiley

    Sic transit gloria mundi smiley

  • > Lettre du pékin neuf
    13 mai 2008, par Le canard laquais  

    L’entreprise fondée il y a près de 150 ans est maintenant quottée en bourse et le canard qui nous est servi porte le numéro 601 819.

    Voilà de l’information ! Quand j’irai (bientôt) à Pékin je n’oublierai pas de vérifier le n° de mon canard. Il faut donc en déduire, mon cher Watson, que la "traçabilité" existe au pays du canard laqué.

    Tiens, j’ai utilisé le mot "traçabilité", qui ne figure pas encore dans nos dictionnaires, mais y figurera, j’en prends le pari.

    Par contre je doute que le verbe "quotter" ou l’adjectif "quottée" y apparaisse un jour, même si la Bourse remonte fort, sachant que pour le verbe "to quote" anglais (mais avec un seul "t", d’ailleurs) nous avons déjà le verbe "coter".

    Voilà un regrettable "trafficottage" de la langue française, non côté en Bourse, sauf à la Société Générale.

  • > Lettre de Pekin 8
    12 mai 2008, par Barbedebouc  

    ??? qu’est-ce que ça vient faire sur Alternatives Paloises ? Bientôt on va nous proposer la photo du petit dernier ou un comparatif entre 2 super caisses. Revenons à nos moutons !

    > Lettre de Pekin 8
    12 mai 2008, par Lou Tillous  

    Merci Jean-Paul Penot, votre lettre m’a remémoré certains passages de Henry Russel dans son ouvrage "16.000 lieues à travers l’Asie et l’Océanie" publé en 1866 !

  • > Lettre de Pekin 8
    12 mai 2008  

    Il va nous raconter bientôt les Pyrénées de Napoleon III.

    A-t-il pomper Russell pour monter plus haut ?

  • > Lettre de Pekin 8
    12 mai 2008, par Lou Tillous  
    Je ne partage pas le point de vue de ce courageux anonyme, il n’y avait dans mon message ni ironie, ni reproches envers J.P. Penot que je ne connais d’ailleurs pas.

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