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Les descentes de Fanny aux Enfers

jeudi 8 mai 2008


Le bar "Black Pool", 11 bis rue Nolivos (Pau) accueille a partir du 9 Mai 2008 une exposition d’une nonchalance débordante, un vrai début d’œuvre, consistante et forte comme le postmodernisme irreverencieux du Grafitty Art - cette fois tempête contenue dans la coupe de la toile. Pau a encore cette porte à ouvrir, pour descendre avec Fanny dans les enfers rouges et noirs d’un univers qui pique, profondément sexualisé, d’une intelligence d’enfant terrible qui sait regarder par les trous de serrures des phantasmes très actuels. Vaudevillesque et mutagène, il ne faut tout de même pas oublier que c’est Funny in Worsterland.


Venue de nulle part, Fanny Camus dépasse sa génération en créant des produits originaux sans dépendre d’aucun esthétisme, d’aucun académisme. L’iconologie fraîche, déviante et canaille, parfois abominable sous ses apparences lunatiques, ça nous donne une alternative à ce que toutes les Lolitas auraient pu avouer si elles avaient eu le talent plastique. Alors l’art de Fanny frappe fort, comme un anathème, en personnifiant les fétiches qu’une culture entière cache toujours dans ses boyaux : des poupées nubiles, désabusées et attirantes, des jouets démonisés et ambivalents, des succubes succulentes à la chasse au carnage, voire à l’auto-carnage, des marionnettes omniscientes et clowns liquéfiés, jusques aux chimères abstraites, tout cela en perpétuel flirt avec une très coquette pulsion de mort. De plus en plus mûrs dans leur pouvoir de générer un univers autonome, l’ensemble des dessins et peintures de Fanny Camus ont un noyau commun : les personnages nous rendent complices des crimes, car nous sommes témoins passifs et voyeurs de leur situation. C’est un réquisitoire adouci par une concupiscence exacerbée et lucide. Les sujets rentrent dans notre inconscient comme des somnambules, cet inconscient dans lequel l’horreur quotidienne se manifeste comme un dessin animé qui a mal tourné. Binaire, l’œuvre qui se trouve au Black Pool explore la tension entre l’agressivité et la coquinerie. Ça nous rappelle techniquement les fulminations chromatiques du Pop Art et l’exhibitionnisme insolent d’imagerie japonaise Manga et Hentai ; mais comme contenu, la richesse du délire est affiliée au Surréalisme. Des filles-poupées, comme des fées toxiques, émane un fort pouvoir érotique. Mais il faut faire attention, car cette jeune artiste joue sa mise sur une prise de conscience presque viscérale.

Comme je la vois, c’est une œuvre fondamentalement féministe. Une oeuvre qui dénonce agressivement la politique du pouvoir et surtout de la communication : elle transpire les non-dits. La condition de la femme est rendue contemporaine et engagée. Des femelles hybrides cachent des catastrophes derrière leurs formes généreuses ; des fillettes pubères qui dissimulent derrière des yeux sourds et muets une déflation, un abus inavouable. Entre objets sexuels et rapaces sexuels, les personnages féminins naissent de la caricature, de la linéarité des idées reçues, des a priori, de la politique des genres. Il me semble qu’il faut avoir ressenti et être ressorti de ces rôles d’un façon très lucide, doublé d’un instinct esthétique hypertrophié, pour pouvoir assumer une telle galerie avec une telle indiscrétion sans pardon. Si vous voulez, on y trouve les graines d’une mythologie post-apocalyptique.

Si je peux me permettre, ce type d’art régale les intelligences critiques et légèrement carnavalesques : il est le reflet d’une société qui affirme la moralité et qui, en même temps, consume frénétiquement les stéréotypes médiatiques de l’enfant parfait puis de la séductrice parfaite. Et, ne vous déplaise, ce bombardement publicitaire se greffe comme une fatalité tragi-comique sur l’esprit moderne. À mon avis, l’art de Fanny Camus est salutaire et purgatif exactement parce que, parfois atroce, parfois ironique, elle est drôlement détachée de cette fatalité. Vous allez y trouver une sincérité et une vigueur subversive enchantantes. L’art underground amène toujours un plus par rapport au conformisme artistique : il n’est pas compensatif, il ne sert pas à échapper, mais à démasquer. Et l’univers qui en résulte est un pays de merveilles sans remords, où les phantasmes et les non-dits font les gros yeux et nous cherchent à leur tour, en nous dévisageant à la dérobée. Je vous propose d’accepter cette provocation sans gant.

Diana Chioreanu
(diana.chioreanu@yahoo.com)

PS : Une vidéo des oeuvres de Fanny Camus


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