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Pyrénées, sur les traces du botaniste Pyramus de Candolle

vendredi 9 mai 2008


La flore des Pyrénées a-t-elle évoluée depuis deux siècles ? Pour le savoir, une équipe de scientifiques a traversé la chaîne d’est en ouest l’été dernier sur les traces du botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle, qui avait été chargé par Napoléon en 1807 de dresser l’inventaire de la flore pyrénéenne. Soixante-dix jours d’expédition, 1808 espèces référencées, et un bilan plutôt mitigé. Escape s’est glissé dans l’équipe.

Un article de FreePresse.com, le site d’info glisse et outdoor

Texte de Jean-Noël Herranz


Entre le 23 juin et le 31 août 1807, le botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle traverse le massif pyrénéen entre fonds de vallées, estives et hauts sommets à plus de 3000 mètres. Pendant plus de deux mois, à pied et parfois en calèche, il cueille, analyse, répertorie soigneusement les moindres pistils et boutons en fleur. Sa mission est impériale : il a été mandaté par Napoléon Bonaparte lui-même pour réaliser cette première dans l’histoire des expéditions. Les Pyrénées sont alors mal connus et les moyens techniques plutôt rudimentaires : vêtements inadaptés, cartographie et refuges inexistants, communication impossible... L’engagement est total. En route, de Candolle chemine entre notables, villageois, bergers et paysans qui lui tiennent de guides. Il consigne ses rencontres dans un carnet qui finira sur les étagères poussiéreuses de la Bibliothèque Nationale. Un éditeur toulousain le redécouvre et publie le document : Voyage de Tarbes 1807 (éditions Loubatières).
C’est une révélation pour les membres de l’association Terranoo sur ses feuilles jaunies, de Candolle a décrit chaque plante, dessinée beaucoup d’entre elles, indiqué le lieu de sa découverte et la météo du jour. Comme le Petit Poucet, ces éléments marquent d’un caillou blanc le chemin à suivre. Pour des passionnés de botanique, la tentation est irrésistible. Deux ans seront nécessaires pour réunir les fonds, convaincre les sponsors, organiser la logistique, monter l’équipe (des scientifiques, des photographes, des guides, et deux canassons, de valeureux chevaux de Mérens, pour porter le matériel) et déterminer l’itinéraire. Le carnet de Candolle n’a pas suffit. Il a fallu retrouver sur des cartes les endroits décrits, avec des noms de lieux dits, interpréter les descriptions paysagères, retrouver les repères du botaniste sur les sommets environnants... En fait de quête, la nôtre commence dans les bibliothèques.

Sur le pied de guerre, fleur au fusil

Ce travail préliminaire nous conduit à Genève, à l’automne 2006. Loin des reliefs, le Conservatoire Botanique de la ville, proches voisins de l’ONU, des banques, et des horlogers de luxe, abrite l’herbier constitué par Augustin Pyramus de Candolle. Taux d’humidité optimal, lumière tamisée... L’état de conservation est impeccable, et le plaisir des yeux doublé de la rare excitation de l’archéologue découvrant une fresque enfouie. Avec ces planches, l’ouvrage prend un sens nouveau qui complète utilement la lecture du carnet de voyage. Les scientifiques ont pour ambition de constituer un nouvel herbier et de réaliser un comparatif entre les cueillettes distantes de deux siècles. Leur travail, espèrent-ils, servira de nouveau guide de référence pour les générations futures. Ils ont le soutien du descendant direct du botaniste, Gabriel de Candolle, lui aussi scientifique et notable de la cité helvète. Il vit la valorisation du travail de son ancêtre comme un honneur.
Le 23 juin au petit matin, l’équipée est à Collioure, escorté par quelques curieux et amis. Kaïfa et Hiro les deux mérens, trépignent des sabots. Si tu veux aller loin, ménages ta monture... Christian, leur propriétaire, l’entend bien de cette oreille et charge ses bêtes à la moitié de leur possibilité. C’est ainsi qu’il entend leur faire effectuer la traversée intégrale du massif. C’est également une première pour eux. Ils assureront la logistique et le ravitaillement dans les villages isolés, au croisement de pistes perdues, sur des estives ou en pleine forêt. Son soutien est également moral : il s’occupe des menus dont la qualité et l’équilibre concourent à la cohésion et à l’entente de l’équipe. Le territoire que nous traversons n’est ni hostile, ni trop engagé, mais nous devons passer 70 jours ensemble, sous la même tente, en effectuant quotidiennement des distances et des dénivelées considérables : au total 600 km, et 40.000 mètres d’ascensions dans les mollets. Les jours s’enchaînent au rythme des découvertes, des joies, des déceptions et des changements d’itinéraires. Le découpage des Pyrénées apparaît clairement au fil de notre progression. La partie Est, méditerranéenne, jusqu’à la limite de l’Ariège, nous plonge dans une ambiance semblable aux latitudes Nord africaine. La végétation est adaptée à ce climat souvent très sec où le manque d’eau se fait cruellement sentir. La plupart des sources qui sont indiquées sur les cartes IGN de randonnée sont à sec.

JPG - 125.7 ko

Les botanistes sont dans leur élément. De Candolle, en 1807, avait observé environ 150 espèces de plantes. Chaque jour, nous réalisons entre 200 et 300 observations. Pour chacune d’elles, les scientifiques notent le lieu précis de la cueillette, le point GPS correspondant, l’abondance de l’espèce et les données météo.
L’association Terranoo a été créée pour conduire l’expédition. Elle rassemble deux botanistes secondés par des équipes du Conservatoire Botanique Pyrénéen. L’institution a pour mission de préserver le patrimoine botanique du massif et de transmettre au public ses connaissances. Un partenariat a donc été conclu pour les relevés de terrain et l’analyse des données une fois de retour. Ils auront du pain sur la planche : 1808 plantes dont toutes celles qui avaient été découvertes par Pyramus de Candolle, seront répertoriées et localisées sur le trajet.

Itinéraires périlleux

JPG - 91.6 ko

Les Pyrénées centrales, de l’Ariège au Béarn, dans le secteur de la vallée d’Ossau, nous offrent des incursions en haute montagne. En Espagne, après notre passage à Luchon, nous évoluons quelques jours dans le parc Posets-Maladetta, siège du Pic d’Aneto (3404m) dans le massif de la Maladetta, et des plus hauts sommets pyrénéens. Le secteur de Luchon est une partie du territoire de l’ours, Christian prévient : « Si les chevaux sentent la présence ou la trace d’un ours, mieux vaut les lâcher : il sera strictement impossible de les retenir ». Peur ancestrale du prédateur. C’est avec précautions que nous traversons donc certaines portions de montagnes. Kaïfa et Hiro nous montrent leurs sabots montagnards et leur talent d’équilibristes dans des passages escarpés et exposés. Les cartes ont été étudiées avec précision, les sentiers sont marqués, mais le terrain présente parfois des obstacles imprévus pour les bêtes. À plusieurs reprises, nous nous séparons ou nous changeons d’itinéraire. Les chevaux passent en fond de vallée et une partie de l’équipe reste sur les crêtes en portant la totalité du matériel nécessaire pour un ou plusieurs jours.
Dans cette portion de Pyrénées, la végétation est typiquement haute alpine. Elle doit s’adapter à l’altitude et au froid. Des gens viennent à notre rencontre, randonneurs, bergers, villageois, avertis de notre expédition par les médias. Ils veulent croiser cet étrange équipage de nomades dont la rumeur a colporté le pas lent. Leur accueil fait du bien. Car si l’équipe est toujours soudée, la fatigue fait son travail de sape. Le rythme de nos vies citadines est loin derrière : levé aux environs de 6 heures du matin, petit-déjeuner, démontage du campement, et départ sur les coups de 8 heures. Selon les jours, nous parvenons à nous poser aux alentours de 17 ou 18 heures. Montage du campement, préparation du repas, tri des photos et des données recueillies sur le terrain, avant un moment de détente autour du repas puis le duvet, pas avant 23 heures.
Sortis des Hautes-Pyrénées, nous pénétrons dans le Béarn, et bientôt le Pays Basque. L’air marin emplit l’atmosphère. La fin du voyage est proche. En deux mois, nous avons découvert tous les paysages de la terre : ambiances de plateaux boliviens, horizon des Rocheuses canadiennes, grandes étendues d’Afrique du Nord, couvert amazonien dans des zones humides luxuriantes vers la côte Ouest... Le dépaysement fut total.

Bilan : « Le massif a beaucoup évolué en deux siècles. Des zones entières ont été désertées par l’homme et regagnées par les bois. Des villages ont disparu, des mines ou carrières ont été abandonnées. Le pastoralisme a lui aussi cédé du terrain. L’aménagement de zones touristiques de grande ampleur a eu aussi des impacts importants. Victime, en plus, du réchauffement climatique, la flore a été modifiée », explique Alain Félix organisateur de l’expédition.
L’aster des Pyrénées, par exemple, est de plus en plus menacé. Cette fleur violette unique au monde et que l’on ne trouve que sur une dizaine de sites pyrénéens, disparaît lentement malgré les mesures de sauvegarde. En revanche, la Séneçon du Cap est en train d’envahir des zones entières de la montagne avec un risque sur les autres espèces et le bétail à cause de sa toxicité. C’est une marguerite jaune qui avait été accidentellement importée dans les peaux de moutons d’Afrique du Sud transitant par la montagne après leur déchargement en Espagne.
L’homme aussi a perdu du terrain dans ces montagnes, comme un Belloc, un village des Pyrénées-Orientales décrit dans les carnets de Candolle comme abritant « église, fabriques, prairies, bétail et plus de 200 âmes à l’année ». Nous n’avons retrouvé qu’une chapelle grignotée par une immense forêt.

Les photos ci-dessous proviennent de ma photothèque. Qui sait nommer celles qui n’ont pas de nom ? ou corriger celles mal identifiées ? Bernard Boutin


Grande Gentiane

Quel est son nom ?

Gentiane de De l’Ecluse

Géranium des bois

Joubarbe des Montagnes

Iris

Rhododendron

Etoile d’Argent

Quel est son nom ?

Lys Martagon

Gentiane à feuilles courtes

Chardon

Qui sait son nom ?

Orchis vanille

Digitale pourpre

Vipérine

Quel est son nom ?

Ramondia

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Votre commentaire



> Pyrénées, sur les traces du botaniste Pyramus de Candolle
12 mai 2008, par Barbedebouc  
Endémiques Pyrénéennes

Dommage, les photos sont un peu petites pour pinailler les identifications. Nos belle pyrénéennes, les endémiques, admirez-les sur ce super-diaporama animé et sonorisé : http://www.afleurdepau.com/Photos/Nature/endemiques/endemiques-2.htm (pas de crainte pour le plugin éventuellement nécessaire, garanti sans virus)

> Pyrénées, sur les traces du botaniste Pyramus de Candolle
12 mai 2008, par Gérard  

Je ne suis pas botaniste, mais en comparant vos photos avec celles de ma phototèque, je vous suggère pour 3 de vos photos : ligne 1, col 2 Gentiane de Burser ligne 2, col 1 Géranium des bois ligne 5, col 3 Digitale pourpre

Mais, à vérifier !...

> Pyrénées, sur les traces du botaniste Pyramus de Candolle
12 mai 2008, par Gérard  

Merci infiniment pour cet article. Comme j’aurais aimé pouvoir vous accompagner !..

> Pyrénées, sur les traces du botaniste Pyramus de Candolle
10 mai 2008, par Lou Tillous  

Merci Bernard pour ce tonifiant article qui nous fait respirer l’air des sommets.C’est bien loin des remugles du microcosme palois.

  • > Pyrénées, sur les traces du botaniste Pyramus de Candolle
    12 mai 2008, par Pabiloux  
    Merci de faire rêver celui qui, comme moi, a presque tout oublié. Occasion de s’y remettre ?

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