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Entretien avec Albert Ross, directeur des Grottes de Bétharram

vendredi 18 juillet 2003


Mettre l’accent sur les atouts existants ...

Ouvertes au public voici tout juste un siècle à l’initiative de Léon Ross, les Grottes de Bétharram sont avant tout une entreprise touristique familiale aujourd’hui dirigée par son arrière petit-fils Albert. Du pont jeté sur le Gave de Pau en 1902 pour en permettre l’accès aux visiteurs, à la rampe installée en 1996 à l’intention des handicapés, ce lieu enchanteur n’a jamais cessé d’être une référence touristique. Une activité industrielle partout présente mais qui, aux yeux d’Albert Ross, n’est pas la panacée et doit être appréhendée avec circonspection. Il nous en parle sans détour.

A@P : Le tourisme représente dans notre pays une force incontestable. Que pensez-vous de la manière dont il est géré ?

A.Ross : On est en train de cloner la France. Partout on voit fleurir les mêmes styles d’attractions. Or chaque région, chaque département, chaque "pays" possède ses spécificités.
Ainsi les Hautes Pyrénées et les Pyrénées Atlantiques ont-elles la leur. Comme en Dordogne, elles ont des grottes. Il importe donc que les décideurs mettent l’accent sur leurs atouts existants, et ne se contentent pas de se copier les uns les autres. Il faut consolider l’existant et cesser de créer des grandes structures qui prétendument créent des emplois, comme par exemple Vulcania, alors que de petites entreprises qui ne présentent aucun risque pour le contribuable ne demandent qu’à être développées avec à leur tête des personnes qui ont démontré leur savoir-faire. De plus, les touristes qui se rendent dans ces grandes structures ne s’intéressent pas aux commerces périphériques.

A@P : Comment expliquez-vous cet engouement pour l’exploitation commerciale du tourisme ?

A.Ross : Sur un plan général, notre industrie est en train de délocaliser à grande vitesse. La France est un pays en voie de disparition économique. Nos seules activités resteront la bureaucratie, au sens large du terme, et la vente de produits fabriqués ailleurs. Le tourisme serait alors un important géniteur d’emploi. Or cette activité a ses limites. Souvenons-nous que jadis l’Afrique était considérée comme sous-développée parce qu’elle n’avait pas d’entreprises de transformation de produits. Elle n’attirait que des touristes et on y exploitait des mines. Beaucoup chez nous s’imaginent gagner beaucoup d’argent en ouvrant de nouveaux sites touristiques.
Le problème, voyez-vous, c’est que le consommateur est de plus en plus sollicité. En moyenne une famille visite un seul site payant pendant un séjour de quatre à huit jours. Si en 1936 l’instauration des congés payés a dopé l’économie touristique, les 35 heures l’ont freinée. A tel point que le tourisme est devenu le dernier poste d’occupation du temps libre. On développe de surcroît un tourisme gratuit, tels les chemins de randonnées, financé par les communes et sans aucune retombée sur le commerce local. Le tourisme, que j’appelle "la dernière poire pour la soif " va s’essouffler rapidement.

A@P : Quels sont les atouts de la Ville de Pau dans ce cas de figure ?

A.Ross : La Ville de Pau veut s’ouvrir au tourisme. Le jour où, le plus tard possible je le souhaite, Total ne représentera plus qu’une portion congrue de l’économie paloise il restera le tourisme. On voudrait y créer des musées et cela m’interpelle. Les musées ont pour vocation de conserver le patrimoine et n’ont donc pas vocation à être rentables. Leur désaffection par le public de moins en moins enclin à payer le démontre. Il faut donc réaliser des musées à prix raisonnables, sans équipements trop sophistiqués, du genre borne interactive accaparée par deux ou trois visiteurs traqués par une dizaine de personnes qui perdent leur temps à attendre qu’un poste se libère.
Il faut rappeler que ces réalisations sont financées par l’argent public. Et je passe sous silence les besoins en fonctionnement qui bien souvent sont du ressort de plusieurs ministères.


A@P : Comment utiliser les atouts de Pau ?

A.Ross : Pau devrait mettre en exergue ses côtés anglais et pyrénéens et remettre au goût du jour celles et ceux qui ont fait sa renommée. Plus c’est beau, et plus les gens aiment. Il faut attirer une clientèle qui permette à la ville de faire parler d’el-le dans les revues nationales et internationales. Prenons l’exemple de Montreux qui s’est redéveloppé après la dernière guerre mondiale en réactivant ses hôtels quatre étoiles. Le touriste aime se rendre dans des lieux fréquentés par les "peoples". Biarritz et Saint-Jean-de-Luz ont su conserver, voire redynamiser leur blason.
A Pau, deux quatre étoiles sont en gestation  : l’un me semble correspondre aux aspirations d’une clientèle avisée. J’ai vu les plans du second qui doit être érigé au parc Beaumont. Ils me désolent. Si la Ville de Pau a eu la judicieuse idée de remettre le casino dans son jus néo-classique, l’esthétique de ce futur hôtel sera vite désuète. J’aurais apprécié une façade dans le ton de celle du casino, comme il a été fait à Montpellier...
D’autre part, Pau a la chance d’avoir une liaison vers l’Angleterre. Hélas, son aéroport n’est pas une vitrine des matériaux locaux que l’on pourrait promouvoir, tels le marbre et le bois. Dommage aussi qu’après quarante années de discussions on ne soit jamais parvenu à se mettre d’accord sur l’édification d’un grand aéroport entre Pau et Tarbes. Cette structure, plus importante et moins coûteuse aurait pu être un soutien à celles de Bordeaux et Toulouse. Les Bretons ont compris cette économie de coût puisque Nantes et Rennes vont se doter d’un aéroport commun. Quel bel exemple de coopération !
Enfin, pour développer le tourisme et l’industrie il nous faut rapidement une quatre voies entre Bordeaux et Pau. Et côté SNCF, il est judicieux de conserver en son état actuel la gare qui devrait être classée pour éviter un jour sa défiguration.

A@P : Parlons pour conclure des grottes de Bétharram. Quels sont leurs visiteurs ?

A.Ross : Ces grottes qui sont connues dans le monde entier grâce à leur proximité avec Lourdes accueillent les pèlerins ainsi que des touristes du grand Sud-Ouest. Nous cherchons toujours à nous développer et notre affaire ne perdurera que dans la mesure où le visiteur sera satisfait du rapport qualité-prix. Et si l’on ne peut modifier la grotte l’on peut tou-jours améliorer l’accueil et le cheminement. Pour l’heure, nous avons rendu la grotte accessible aux voitures d’handicapés. Bétharram est ainsi la seule grotte du monde avec celle de Carlsbad, au Nouveau Mexique, à s’ouvrir aux handicapés. Mais beaucoup de choses restent à faire.
Je répète qu’une voie rapide s’impose entre Bordeaux et Pau pour permettre aux habitants d’Aquitaine de Poitou-Charente, et d’autres Régions, de venir découvrir nos sites. Je précise que depuis l’ouverture de l’autoroute St-Jean-de-Luz-Pau et Toulouse-Tarbes, le flux des visiteurs en provenance de ces régions a pris du volume. Pour terminer, je voudrais vous renvoyer à une mention portée en 1917 par le délégué de l’époque au Touring club de France :"Amis touristes qui allez loin de la France chercher des merveilles, venez à votre porte contempler la plus belle des grottes"...

- Propos recueillis par Jean Backé


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