Abonnement à la newsletter d'A@P

Votre email :

Valider
 

 

José Luis TAPIA VICENTE

dimanche 8 février 2009 par Bernard Boutin


Avoir un consulat dans une ville moyenne comme Pau résonne de multiples façons. Cela montre d’abord l’intérêt que porte une nation étrangère à une ville et sa population. En la matière, le Consulat General d’Espagne nous rappelle que l’Espagne est là, toute proche au-delà de la ligne de crête des Pyrénées. Les Pyrénées : une « réalité obstinée ». Le Consulat nous ramène à un devoir de mémoire : l’exode des républicains, le camp de Gurs. La chape de plomb du franquisme. Le Consul d’Espagne à Pau, un homme à part dans le paysage palois, un dialogue à part...

Tout commence par la « ley de memoria histórica » que Monsieur le Consul souhaite aborder sans perte de temps. Signe de l’importance qu’il apporte au sujet.

José Luis Tapia Vicente - Depuis décembre 2007, la loi permet aux descendants des exilés républicains nés en France et à leurs enfants de prendre la nationalité espagnole. Cet exil de la fin des années 30 était contraint, il n’est donc pas normal que leurs enfants et petits enfants ne puisse pas reprendre la nationalité de leurs ascendants, s’ils le souhaitent. Un devoir de mémoire nous impose cela. C’est une obligation morale.

Alternatives-Paloises - Une noble mission pour le Consulat. Depuis combien de temps est-il là et quelles sont ses missions ?

M. le Consul - En fait, cela a commencé par un « vice-consulat » en 1861 à Oloron, porte de la France pour les Espagnols. Il a été transféré à Pau en 1910 et plus précisément Place Royale en 1951. Le consulat à vocation à couvrir le Béarn, la Bigorre et le département du Gers (Ndlr : Il y en a un autre à Bayonne). Ses missions principales sont d’ordre d’état civil, de pouvoir notarié, d’assistance aux nationaux espagnols dans toutes circonstance. Un numéro de téléphone est d’ailleurs ouvert 24h sur 24 pour couvrir les appels d’urgence, notamment les accidents de montagne.

A@P - Vos missions ne vont-elles pas plus loin ? En matière économique par exemple ?

M. le Consul - Pour ce qui est du rôle économique, le Consulat n’a qu’un rôle de représentation. Les investissements d’Abengoa ou Endesa sur la Bassin de Lacq sont suivis depuis les services du Conseiller Economique et Commercial de l’Ambassade à Paris.

A@P - Par contre en matière culturelle, on voit des animations régulières en Béarn et en Bigorre...

M. le Consul - Il s’agit là d’une mission dans le cadre du programme « Acción Cultural Exterior ». Pour ma part, j’ai présenté à Madrid des projets pour plusieurs manifestations culturelles pour 2009. Il s’agit d’expositions de peintures avec Angel Busca* et Antonio Cuervas Mons, de conférences sur le sculpteur espagnol Mateo Hernandez**, de débats à l’occasion du 70e anniversaire la fin de la guerre (civile) le 1er avril 1939 et d’une série de conférences à l’UPPA sur la notion d’Exil.

Nous prévoyons aussi des conférences sur « les problématiques de la traduction des œuvres originales » ou de participer à un « colloque sur la création des villes ». Chaque fois des intervenants espagnols sont invités. Le programme précis de ces animations sera disponible sur la page web du Consulat : www.maec.es/subwebs/Consulado/pau/es/  à partir du 2 mars 2009.

A@P - 2009 sera l’année de l’Espagne à Pau !...

M. le Consul - Je cherche simplement à monter à nos amis français que l’Espagne a une autre réalité que les clichés classiques. Flamenco et Paëlla, vous voyez ce que je veux dire. L’image d’un pays passe par sa culture, autant la montrer.

A@P - « Le serpent de mer », la traversée des Pyrénées. Comment faire sauter la barrière ?

M. le Consul - Il n’y a pas qu’une barrière entre nous. Il y en a deux : la langue et les Pyrénées. Le Français est de moins en moins étudié en Espagne. De nombreux motifs à cela : la primauté de l’anglais, accentuée par l’Europe des 27 où les 10 derniers pays entrés sont tous anglophile en dehors de la Roumanie. Il y a aussi la renaissance du Catalan, du Basque ou encore du Galicien dans les « autonomies ». Tout cela fait se fait aux dépens de l’apprentissage d’une autre langue ; le français en la matière. Croyez-moi, je suis le premier à le regretter, parce que la richesse c’est de cumuler et non pas exclure : c’est-à-dire, d’étudier le français, le catalan, le basque, le galicien...

L’autre barrière, la « realidad obstinada » ce sont les Pyrénées. Le Béarn est freiné dans son développement au Sud, l’Aragon est freiné au Nord. Ces régions ne fonctionnent que sur « 3 bandes » ; un vrai frein au développement économique. L’absence d’échanges ne permet pas la création de richesses et souvenons-nous que le pire ennemi de l’environnement, c’est la pauvreté.

A@P - Oui, mais rien n’avance. Vous qui avez travaillé 5 ans à la Représentation Permanente de l’Espagne auprès de l’Union Européenne à Bruxelles, comment voyez-vous cela ?

M. le Consul - Il faut d’abord prendre conscience que les risques à ne rien faire sont plus grands que l’investissement lui-même. Alors, comment améliorer les traversées pyrénéennes ? Cela passe d’abord par du « decision shapping » puis du « decison making ». Se regrouper pour influer. Faire en sorte que les élus sud-pyrénéens et nord-pyrénéens travaillent ensemble pour convaincre les gouvernements centraux d’agir conjointement auprès de Bruxelles.

Le travail de « lobbying » fait par les élus locaux en commun auprès de Paris et Madrid est un préalable car c’est là que se trouve le pouvoir politique qui peut permettre d’aller de l’avant. Un travail de longue haleine mais il est clair que les échanges entre élus des 2 côtés des Pyrénées n’ont jamais été aussi nombreux. Cela finira par avancer.

Au nom du « principe d’harmonisation » qui préside tous processus d’intégration économique, Bruxelles devra tôt ou tard s’engager pourvu qu’on le lui rappelle.

A@P - Vous voilà en Béarn depuis 18 mois, avez-vous un message à passer à nos lecteurs ?

M. le Consul - Je reviens sur le « devoir de mémoire » entre nos deux pays. Le « camp de Gurs » est un lieu trop méconnu des béarnais. Imaginez qu’il a reçu plus de 60.000 internés entre 1939 et 1944 dont 26.000 espagnols, 7.000 membres des brigades internationales et 26 .000 juifs.

Au-delà, de cet apport de population nouvelle dans la région, car nombre d’entre eux se sont installés sur place, il serait intéressant d’étudier la part qu’a prise cette population au développement économique et culturel du Béarn et de la Bigorre. Surement beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Il y a un travail de recherche à faire : c’est aussi un devoir de mémoire.


-  propos recueillis par Bernard Boutin

PS : Sites pour consulter les œuvres des artistes mentionnés :
*Angel Busca : http://es.geocities.com/asbces/
** Mateo Hernandez : www.aytobejar.com/turismo

 
 


[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 
 
 
Votre commentaire



> José Luis TAPIA VICENTE
10 février 2009  

Monsieur le Consul, je profite de cette chronique pour vous dire en tant que vieux palois, le respect que j’ai éprouvé pour vos compatriotes dans ma jeunesse. Dans les années 40, à l’école Henri IV, dans ma classe, il y avait un tiers ou un quart de patronymes hispaniques.Certains étaient issus de familles de réfugiès républicains, d’autre d’une immigration économique plus ancienne. Dans leur grande majorité , ils étaient issus de familles pauvres, où en famille on parlait espagnol, vivant dans des logements misérables. Mais cette communauté était d’un comportement exemplaire et on ne les voyait pas défiler aux audiences du Tribunal correctionnel. Les parents avaient compris que l’école était le moyen de s’intégrer dans la pays d’accueil. Au bout d’une génération, ils étaient devenus de parfaits Français que nous croisons dans la rue chaque jour.

Voilà, c’est tout. Je l’ai souvent dit quand on parle des difficultés d’intégration des nouveaux venus, mais AP, me permet de le dire plus largement.

  • > José Luis TAPIA VICENTE
    13 février 2009, par cordebrume  
    FRATERNITE

    TOTALEMENT SOLIDAIRE de ce constat.

  •    
     
     
     
    Les rubriques d’A@P
    Citoyenneté
    A compte d’auteurs
    "Arpenteurs sans limites"
    "Les sorties de Michou"
    "Un samedi par semaine - tome 2"
    "Un samedi par semaine - tome I"
    Au ras du bitume
    Enquêtes
    Evasion
    Maréchaussée Paloise
    A@P.com
    Courrier d’e-lecteurs
    Hommes et femmes d’ici !
    Opinion
    Portraits, Entretiens
    Tribune Libre
    Humeurs
    La Charte d’A@P
    Le défouloir !
    Les cartons
    Les cartons mi-figues mi-raisins
    Les cartons rouges
    Les cartons verts
    Les Nouvelles Pratiques Municipales (NPM)
    Vu dans la presse
    ”Les Causeries d’A@P”
    Détente
    Loisirs
    Spectacles
    Economie
    Aéroport Pau-Pyrénées
    Enjeux
    Enjeux environnementaux
    Enjeux européens
    Enjeux sociétaux
    Grand Pau
    Lescar
    Billère
    Gan
    Gelos
    Idron
    Jurançon
    La CDA Pau-Pyrénées
    Lons
    Point de vue
    Grands projets
    "LGV des Pyrénées" : la desserte du Béarn et de la Bigorre
    BHNS (Bus à Haut Niveau de Services)
    Le "Pau-Canfranc", la Traversée Centrale des Pyrénées
    Nouveau complexe aquatique de Pau
    Nouvelle voie routière Pau-Oloron
    Nouvelles Halles de Pau
    Pau
    Du Côté des Quartiers
    La vie
    Une idée pour la ville
    UPPA
    Politique
    Forums des Partis
    Politique locale
    Politique régionale et nationale
    Territoires
    Aragon
    Béarn
    Bigorre
    Espagne
    Europe, Monde
    Pays Basque, Euskadi
    Pyrénées
     
       
     
      Envoyer à un ami
    Destinataire  :
    (entrez l'email du destinataire)

    De la part de 
    (entrez votre nom)

    (entrez votre email)



    [ Imprimer cet article ]
     


     
    Autres articles

    Max Moreau
    Martine Lignières-Cassou
    Marc Cabane
    Georges Labazée
    Nathalie Chabanne
    Jean-François Maison
    Gérard Trémège
    Jean-Paul Matteï
    Jean Glavany
    Yves Urieta
    Christian Pèes
    Mariano
    L’or ne pourrit pas.
    Nathalie Chabanne
    Questions à Jean-Pierre Bel
    Pascal Boniface et Julien Pardon
    Georges Labazée
    Sylvie de Sury
    André Cazetien
    Xavier CEYRAC



    [ Haut ]
     

    Vous pouvez afficher les publications de Altern@tives-P@loises sur votre site.

    Site mis en ligne avec SPIP | Squelette GNU/GPL disponible sur © bloOg | © Altern@tives-P@loises