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Jean-Paul PENOT

lundi 23 février 2009


Afin de resserrer les liens entre les lecteurs d’A@P et l’équipe de rédaction, nous vous présentons cette semaine un de nos contributeurs. Par ses propos, il nous éclairera par un cas concret sur un conflit qui agite notre ville, comme beaucoup d’autres villes universitaires.

A@P - Pourquoi avez-vous accepté de vous prêter à cette interview ?
Jean-Paul Penot - Lors de ces dernières semaines, je travaillais dans un centre de recherche étranger (Technion). Je suivais l’évolution de la situation dans les universités françaises, grâce à un flux d’une centaine de messages par jour ; c’est aussi une gêne dans une telle situation. Je ne voulais pas intervenir dans une telle situation. Mais j’ai constaté que deux collègues qui se sont exprimés sur A@P ont subi des attaques personnelles. Je le regrette et me sens coupable de ma réserve. Je regrette aussi que Pau, ou du moins certains palois, n’ait pas plus confiance dans son université. Ces palois réalisent-ils que déprécier son université, c’est aussi déprécier sa ville ? Que l’une périclite, et c’est l’autre qui est touchée ; inversement, que l’une se développe et c’est l’autre qui s’épanouit. Il est tant de villes universitaires de la taille de Pau, en particulier en Angleterre et en Amérique du Nord, pour lesquelles une telle symbiose est patente qu’il est étrange que cela ne soit pas mieux perçu ici.

A@P - Présentez-vous
Jean-Paul Penot - Je suis mathématicien, professeur émérite, ce qui ne veut pas dire que j’aie du mérite, mais que je suis à la retraite, et que mon activité de recherche est assez soutenue pour maintenir des liens avec mon université. J’ai atteint le plus haut grade universitaire (la classe dite « exceptionnelle »), mais je suis persuadé que si je n’avais pas quitté Paris, j’aurais eu une carrière plus rapide. Je ne le regrette pas, cependant, en raison de la qualité de vie ici et des liens tissés. En particulier, avoir donné près de 40 ans à son université et sa ville a été une motivation forte.
Une motivation encore plus profonde vient sans doute de mon histoire personnelle et familiale. Elle peut être jalonnée par quelques dates. 1914 Le déchaînement des nationalismes envoie mon grand-père au front ; mon père le rejoindra à Verdun deux ans plus tard et en gardera des traces sur son corps toute la vie. Ma mère, qui n’a que 12 ans, paye aussi l’effort de guerre : elle a eu le certificat d’études à 11 ans, et comme elle était première du département du Rhône, (et qu’il y avait déjà des lois sociales) elle a eu droit à entrer à l’Ecole primaire supérieure. Mais l’usine l’attend pour ses 12 ans. Sa soif d’apprendre est inassouvie ; elle la transmettra à ses enfants. 1936, ce sont les premiers congés payés. Il est difficile de se représenter le changement que cela représente. Mais la drogue du travail est instillée dans le sang familial. Je la mettrai au service de la recherche mathématique.

A@P - Pourquoi les mathématiques ?
Jean-Paul Penot - La question mérite d’être posée, car j’avais une attirance pour bien d’autres disciplines. Je suppose que la production mathématique était ce qui me paraissait le plus durable possible. Aussi, en entrant dans une Ecole Normale Supérieure grâce aux mathématiques (et à la biologie), j’avais pu une année après le bac, devenir indépendant financièrement, alors que ma mère était handicapée et sans ressources pour élever ses trois enfants à la mort de mon père.

A@P - Réussir en mathématiques, c’est quoi ?
Jean-Paul Penot - C’est produire des résultats nouveaux. Je n’aurais pas cru cela possible si je n’avais pas rencontré un mathématicien et son frère cinéaste lors d’une randonnée dans les Alpes. En classe préparatoire, je croyais encore les mathématiques immuables. Ce sont les enseignants extraordinaires que j’ai eu la chance d’avoir à Paris qui m’ont révélé qu’il n’en était rien. Plusieurs d’entre eux (Cartan, Chevalley, Schwartz...) avaient fortement participé à son évolution et à sa diffusion, par exemple comme membres du groupe Bourbaki. A ce propos, je me suis souvent amusé à surprendre mes visiteurs ici en leur faisant découvrir le stade Bourbaki...

A@P - Et échouer ?
Jean-Paul Penot - Cela va avec les risques de réussite. Certains ne s’en remettent pas. Rien n’est prévu dans le système actuel pour leur permettre de rebondir. C’est dommage. Plutôt que de leur infliger des charges d’enseignement plus lourdes, comme s’il s’agissait d’une punition, on pourrait les inciter à des reconversions, à des collaborations. Il suffirait parfois d’un petit déclic ou d’un encouragement. Je ne dis pas que cela fonctionnerait à tous les coups. Les athlètes ne se transforment pas non plus en champions éternels. Mais si l’on veut bien observer le comportement des collègues en difficulté sur le plan de la recherche, on remarquera que beaucoup d’entre eux compensent l’arrêt de leurs recherches par des prises en charge de tâches utiles à l’établissement.
J’ai eu la chance d’embrasser deux champs de recherches passionnants : d’abord, l’analyse globale, c’est à dire la géométrie de dimension infinie, puis l’analyse non lisse, une rupture avec l’analyse fondée par Newton et Leibniz, en plein développement. Je ne crois pas que de tels champs de recherche puissent être évalués avec compétence à Pau. Je n’ai d’ailleurs jamais reçu la moindre promotion locale. Au contraire, on m’a supprimé ma prime d’encadrement doctoral alors que je venais de faire passer 4 thèses...J’ai donc quelques raisons de me défier de l’évaluation locale, comme beaucoup de collègues. Mais je ne refuse pas l’évaluation par des pairs compétents ; ils sont aussi souvent concurrents, donc pas forcément acquis d’avance, comme certains le croient. Puisque l’on aborde la question de l’évaluation, laissez-moi mentionner une anecdote toute récente. Alors que j’étais à Haifa, le responsable de mon équipe de rattachement m’a demandé un rapport d’activité pour la période 2005-2008. Connaissez-vous des métiers dans lesquels on demande un tel rapport aux retraités ?
Revenons à votre question. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je n’ai jamais connu l’échec. Durant les deux derniers étés, avec un collègue grec, j’ai tenté de résoudre le problème des préférences révélées en économie. On attribue souvent à Samuelson sa résolution. En fait l’intuition de Samuelson (prix Nobel d’économie) est valable pour une économie comportant deux biens, mais pas au delà. Avec Nicolas, nous avons obtenu quelques bribes de résultats, mais échoués quant au but. Nous y reviendrons cependant.

A@P - Une telle passion n’est elle pas difficile à vivre pour l’entourage ?
Jean-Paul Penot - Si, terriblement. Et il me semble que ce sont les familles de chercheurs qui devraient être dans la rue, indignées comme elles pourraient l’être par les propos méprisants de M. Sarkozy qui a choqué son public de grands universitaires en qualifiant les chercheurs de paresseux qui cherchent sans trouver.
On voudrait croire que M. Sarkozy est plus diplomate avec ses collègues européens ; les responsables de quelques pays (Allemagne, Grande Bretagne, Pologne, Tchéquie...) nous donnent hélas des raisons d’en douter. Espérons cependant que leur volonté d’aller de l’avant ne sera pas émoussée et que la résolution de Lisbonne sur l’Europe de la connaissance et de l’innovation ne sera pas une déclaration creuse pour séduire l’opinion.


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Votre commentaire



> Jean-Paul PENOT
4 mai 2009, par cordebrume  

Pouvez-vous me définir ce qu’est UN CHERCHEUR EN RETRAITE ? Il me semble qu’il y a incompatibilité. Il est donc logique qu’il vous soit demandé un rapport d’activité cher Emérite. C’est d’ailleurs un signe de reconnaissance qui vous honnore me semble-t-il.

> Jean-Paul PENOT
24 février 2009, par Yves Lombard  

Bonjour,

Je suppose que cordebrume utilise un ordinateur, et un téléphone portable. Donc, il suffit de lui rappeler, qu’entre autres, des éléments ESSENTIELS au fonctionnement des systèmes informatiques ont été trouvés par des chercheurs qui ne cherchaient pas ça, et qui n’avaient aucune idée que ce qu’ils ont trouvé servirait plus tard dans les systèmes informatiques ! Voilà, le débat est clos, car l’histoire des sciences et techniques est "pleine" de faits similaires.

Je ne suis pas mathématicien, ni chercheur dans l’université française, mais je sais une chose, c’est que même si les chercheurs n’ont pas de Rolex à cinquante ans ( !), beaucoup auront réussi leur vie, car ils se seront posé des questions, à eux-même, et au monde, et le plus souvent, pour le bien commun.

Et donc, Vive la Recherche !

  • > Jean-Paul PENOT
    25 février 2009, par cordebrume  
    BONNE ADRESSE

    C’est amusant cher M.Lombard, moi aussi "tous les matins" je me pose la question - que vais-je faire aujourd’hui de nouveau ? - Heureusement que chaque semaine A&P m’offre le loisir de REBONDIR sur un certain nombre de commentaires.Sport d’autant plus intéressant que les gens "non cités" se sentent dans l’obligation d’intervenir pour en ramasser DAVANTAGE. Sans doute connaissez-vous le "caveau de la République" à Paris Il y a une excellente recherche sociologique à faire sur son succès. Excellent pour le moral.

  • > Jean-Paul PENOT
    24 février 2009, par BENVOYONS  
    REGARDER OU METTRE SES PIEDS

    Une simple histoire que je vais essayer de vous rapporter ayant oublié le nom de son auteur....Un matin à Uzein les passagers pour Orly embarquent dans l’Airbus AIR FRANCE. Le hasard de la mise en place fait qu’un homme d’un certain âge se trouve assis à coté d’un jeune adolescent visiblement du milieu rural qui partait pour le salon de l’agriculture. L’homme engage la conversation en disant gentiement "pour trouver le temps moins long ,ne pourrait-on pas discuter ensemble ? d’accord répond l’enfant mais de quoi ?... l’homme répond, je suis chercheur en sciences nucléaires si tu veux je puis te parler de mes travaux ? - oui pourquoi pas mais moi j’ai des questions à poser aussi et il commence : j’ai remarqué que les chevreuils qui se soulagent font de petites boulettes ...les chevaux de grosses boulettes...et les vaches des tas plats et mous... pourquoi ? Le chercheur très surpris ne sais pas répondre alors l’adolescent lui dit.. monsieur pourquoi voulez-vous me parler de vos problèmes nucléaires alors que vous ne savez pas répondre à mes problèmes de merde !!! A MEDITER

    > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par Jean-Paul Penot  

    J’aimerais répondre à chacun, mais je ne le pourrai pas. Je crois avoir voulu m’éloigner des caricatures, des idéologies et donner un éclairage sur un cas concret. Bien sûr, il y a d’autres éclairages à donner.

    Je dois d’abord préciser que les mathématiciens fondamentalistes parmi lesquels on pourrait me classer représentent environ 10% de l’effectif du laboratoire de mathématiques appliquées de l’UPPA, une cinquantaine de membres. Les autres sont réellement appliqués, avec une forte orientation vers la statistique et plus encore vers les écoulements dans les milieux poreux. Cela ne vous rappelle-t-il pas le gaz et le pétrole, dont nous bénéficions tous ?

    Par ailleurs, je n’ai pas mentionné que je consacre l’essentiel de mes efforts depuis près de 40 ans au service de l’Université de Pau, à l’optimisation, une discipline pour laquelle la France se classe bien sur le plan mondial et qui a des applications très variées. Certes, nous n’avons pas tous la même implication vis à vis des applications. Mais faut-il que nous soyions tous coulés dans le même moule ? Cela serait-il profitable aux étudiants que nous formons ?

    On ne peut tout mesurer à l’aune des brevets. Sinon, il ne faudrait pas avoir de juristes, de linguistes et de philosophes dans les universités. Mais, pour ne rien vous cacher, j’avais rendez-vous le 19 février avec le service de la valorisation de l’UPPA, précisément pour un tel projet. Il a été reporté au 26 en raison de la journée nationale.

    C’est d’ailleurs précisément parce que je m’intéresse aussi au concret que je me suis engagé sur ce site de réflexion et de discussion sur la ville.

    Et puisque vous demandez des comptes, je puis vous indiquer que j’ai écrit plus de 250 articles, que je n’ai pas tous soumis. Mais il doit bien y avoir 200 articles publiés, et dans plusieurs dizaines de pays (principalement aux Etats-Unis qui détiennent les revues les plus diffusées). Ils sont rarement libres de droits ; mais ces droits d’auteur reviennent aux revues, pas même aux évaluateurs auxquels elles ont fait appel...

    Et si vous me permettez une petite touche d’humour, en estimant à une dizaine de propositions ou de théorèmes par article, cela représente une masse dont j’espère bien qu’elle sera décantée. Ne serait-ce que pour le repos des générations à venir...

    > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par cordebrume  
    MODESTIE ET MERITE

    Professeur émérite, bien sûr que vous méritez CONSIDERATION ET RESPECT pour votre personne et nul je pense ne le conteste car les attaques ne sont pas PERSONNELLES. Seulement sur LES FAITS, LES INTENTIONS, LES RESULTATS, LES MOYENS, LES PRETENTIONS sans aller plus loin SARKOZY A RAISON DANS SON CONSTAT. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet car je vous respecte mais dans votre "CV D’EMERITE" que vous nous communiquez avec humilité je n’en doute pas, je ne vois - aucune réussite, ni brevet, ni innovations. C’est bien ce que l’on reproche aux chercheurs : un parcours professionnel brillant mais des résultats discrets sinon de satisfaire à leur curiosité scientifique au autres toute une vie et de JUGER qu’ils sont AU-DESSUS DES EVALUATIONS. Trop facile.

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par Max  
    Je ne comprends pas grand chose à ce débat, cette réforme, mais je ramène tout de même ma fraise.... ! Est-ce que le débat ne porte pas sur l’équilibre que l’on doit trouver entre recherche fondamentale et recherche appliquée ? Il me semble que la 1ère c’est pour les universitaires et la 2ième pour les entreprises ? Est-ce qu’une université ne peut pas trouver sa place dans la 2ième, avec un budget, des objectifs mesurables et des "sanctions" en cas d’échec ?

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par D. Bidot  

    Vous avez raison, l’équilibre est difficile à trouver. D’une part, toute recherche est fondamentale avant de trouver, éventuellement, des applications ... Songez à Pierre et Marie Curie, qui n’ont "trouvé" qu’à un âge déjà mûr et qu’on aurait renvoyé si des critères comptables et non scientifiques d’évaluation avaient été appliqués !!! D’autre part, il y a des domaines, les lettres et sciences humaines, le droit, où la France rayonne mondialement mais pour lesquels appliquer de stricts critères de rentabilité économique est absurde.

    En matière de recherche, la France est à la traîne, déjà. L’effort total de recherche rapporté au PIB (source OCDE 2007) est de 3,6 % au japon ; 2,2 au Etats-Unis ; 2 en Allemagne ; 1,9 en Autriche ; 1,8 à Taïwan ; et 1,7 en France ... Je passe les performances du Royaume Uni et de l’Italie... Et pourtant, la recherche française est la première européenne et la 5e mondiale (chiffres déjà fournis la semaine passée, ici même)

    Quant aux écrits du petit nombre des anonymes (style le dénommé Cornedebrume) elles ne consistent qu’à ressasser les mêmes contre vérités et à les mêler d’ attaques personnelles. Les enseignants chercheurs ne refusent pas l’évalutation. Ils en réclament une, scientifique et performante, non idéologique et comptabble Ils sont déjà évalué, à chaque étape de leur carrière par le CNU (il faut savoir par exemple que la moitié seulement des maîtres de conférences ayant passé l’HDR, après plusieurs années de recherche, une implication administrative et de très nombreuses publications, sont admis comme professeurs)

  • > Jean-Paul PENOT
    25 février 2009, par cordebrume  
    CQFD

    Tout à fait d’accord MAX...la recherche fondamentale c’est "quand ce que tu penses a de la valeur" et la recherche appliquée "c’est quand l’application de ta recherche a de la valeur" ou te fais vivre ! CQFD en quelques mots. Plus complet c’est la réflexion des "chercheurs".

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par georges2  
    Un chercheur n’est pas un ingénieur, leurs objectifs de fond sont différents ; le premier fait de la recherche fondamentale pour trouver du nouveau, la rentabilité de demain ; il faut énormément de temps, de patience, d’investigations, d’essais, de chance même, avant de trouver ; le bilan chaque mois ou chaque année des découvertes ne peut être revendiqué que par un ignorant. ; par contre, faire un bilan du travail réalisé c’est fait régulièrement. L’autre, l’ingénieur, fait du transfert de connaissances, des recombinaisons, c’est la recherche technologique, l’objectif , c’est la rentabilité économique. Vous voulez transformer la recherche fondamentale en recherche technologique. Dans cette éventualité on ne trouvera jamais du nouveau : ne nous étonnons pas si les américains nous dépassent et nous vendent un matériel nouveau et plus performant ; ils savent utiliser l’argent dans les deux domaines. les chercheurs cherchent, les ingénieurs produisent, c’est ce qu’on appelle une symbiose. Et ils sont tous les deux bien payés.

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009  

    Vous voulez transformer la recherche fondamentale en recherche technologique.

    Non, c’est faux. "On" veut simplement que chacun puisse justifier ses travaux, qu’il aboutissent ou non. Et le principal moyen de justifer ses travaux, ce sont les publications. Il est donc à priori légitime de fixer aux chercheurs des objectifs de publication.

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par georges2  
    Si la justification doit être faite pour le grand public dont vous faites, je suppose partie, je ne vois pas l’intérêt, car comment jugerez-vous la qualité des résultats surtout si la rentabilité financière ne vous préoccupe pas ! seuls des gens de la partie peuvent l’apprécier or cela, c’est fait. Que souhaitez-vous donc ? Que "La République des Pyrénées" ou" le Figaro" publie toutes les communications des enseignants chercheurs de France et de Navarre pour que, au poids, on puisse décider du salaire le plus élevé au plus lourd dossier !! C’est de la caricature, je sais, mais votre position aussi.

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009  

    Oui, ce que vous faites s’appelle de la caricature.

    L’évaluation scientifique des chercheurs est principalement faite par les pairs au travers des publications. Et c’est satisfaisant (enfin, disons qu’on ne voie pas de meilleur système).

    Mais ensuite cette évaluation scientifique doit se transformer en évaluation "administrative" (ou appelez-là comme vous voulez), et celui qui est responsable de cette évaluation "administrative" n’a pas besoin d’être un spécialiste pointu du sujet du chercheur : pour cela il fait à priori confiance aux évaluations par les pairs. Une publication de rang A tous les deux ans (par exemple) : objectif atteint. Sinon objectif non atteint. Et si objectif non atteint il est normal qu’il y ait des conséquences.

    Pratiquement tous les salariés sont soumis à des procédures de contrôle et d’évaluation par leur hiérarchie, je ne vois pas pourquoi les chercheurs devraient en être dispensés.

  • > Jean-Paul PENOT
    24 février 2009, par georges2  
    Étant à la retraite, je ne suis plus soumis aux règles de la productivité, je prends donc le temps de continuer l’échange. Nous avançons quand même puisque vous reportez le problème sous l’angle administratif. 1°) Je ne pense pas que votre demande soit l’essentiel de la loi qui est contestée car le nombre, les noms, les lieux de travail, les intitulés, les dates des publications de chaque chercheur sont connus de tous, si on veut bien chercher sur le bon site, n’importe quelle secrétaire peut y avoir accès, même un Président d’Université !!.Connaissant tous ces chiffres, on peut savoir qui a publié, combien, quand, sur quoi ! et donc qui n’a pas publié, dans son rang A, tous les deux ans par exemple. Pourquoi changer quelque chose qui est fonctionnel ? 2°) « Si l’objectif n’est pas atteint :2 publications par an par ex..... » Vous perdez de vue que le domaine de la recherche, fondamentale ou appliquée, est soumis à une compétition sauvage car des sommes énormes sont parfois en jeu ; pensez à la lutte de Montagner avec les américains pour la reconnaissance de la priorité de la découverte du virus du Sida ! Sans aller jusque-là, vous n’ignorez pas que des millions d’oreilles ou d’yeux ( en Chine et ailleurs) sont attentifs à toutes nouvelles données pouvant faire gagner un temps précieux, donc de l’argent. Quand vous disiez que, même une recherche négative, est intéressante à connaître ; c’est vrai ; mais comme en plus toutes les publications scientifiques sont en anglais et informatisées, le monde entier sait tout, en quelques secondes. Conserver un secret, c’est souvent capital pour l’avenir personnel, national, économique. Vouloir que chaque chercheur renseigne le monde entier, même seulement tous les deux ans, c’est irresponsable. 3° Voyez-vous, le front du refus se situe à un tout autre niveau, ; on veut évaluer sur la base du nombre de brevet publiés c’est-à-dire pouvoir évaluer les potentialités économiques de l’entreprise Université. Ce que veulent les chercheurs, en dehors de la reconnaissance de la valeur de leur travail, c’est la liberté de rechercher dans le domaine où ils se sont engagés, grâce à des relations en réseaux dans le monde entier, pour l’intérêt de la connaissance, tout en conservant une autonomie de manoeuvre. La rentabilité locale d’une université ne peut pas se chiffrer ; dans chaque Université du monde entier, chaque chercheur apporte sa petite pierre ; quel est son % de rentabilité pour Pau, dans la découverte ?? 4°) Quand vous évoquez l’évaluation des autres salariés, on peut affirmer, que l’évaluation est faite de la même façon, c’est-à-dire par les pairs et l’administration de l’Université ; quant à la diffusion des publications, je doute que les résultats des recherches dans les grandes entreprises : constructeurs automobiles, produits pharmaceutiques, etc, soient publiés dans le monde entier, régulièrement, comme celles des enseignants chercheurs, et vous comprendrez pourquoi !.

  • > Jean-Paul PENOT
    24 février 2009  

    georges2, vous introduisez maintenant un nouveau paramètres dans le système, qui est la confidentialité et le secret parfois nécessaires.

    Je relève quand même que ces arguments sur la compétition dans la recherche et le secret nécessaire sont contradictoires avec les grandes envolées du type "Ce que veulent les chercheurs, en dehors de la reconnaissance de la valeur de leur travail, c’est la liberté de rechercher dans le domaine où ils se sont engagés, grâce à des relations en réseaux dans le monde entier, pour l’intérêt de la connaissance,..."

    Mais de toutes façons, ça n’empêche rien :

    Quand une publication classique n’est pas souhaitable pour cause de propriété intellectuelle, le chercheur peut déposer un brevet, qui est maintenant reconnu comme équivalent à une publication de rang A.

    Quand le besoin absolu de secret empêche même le dépôt de brevet, il y a des solutions de type "enveloppe Soleau" qui permet de prouver l’antériorité de travaux tout en gardant un secret absolu. Typiquement c’est au président de l’université (ou de l’organisme concerné, ou du ministère de la recherche) de trancher pour ce genre de cas où une communication publique n’est pas souhaitable pour des raisons stratégiques, et "libérer" éventuellement tel chercheur de son obligation de publication.

  • > Jean-Paul PENOT
    25 février 2009  

    Ce que veulent les chercheurs, en dehors de la reconnaissance de la valeur de leur travail, c’est la liberté de rechercher dans le domaine où ils se sont engagés, grâce à des relations en réseaux dans le monde entier, pour l’intérêt de la connaissance, tout en conservant une autonomie de manoeuvre.

    Fort bien, mais à un moment il doit y avoir des comptes à rendre à la collectivité. Et ces comptes à rendre pour un chercheur, ce sont les publications.

    quant à la diffusion des publications, je doute que les résultats des recherches dans les grandes entreprises : constructeurs automobiles, produits pharmaceutiques, etc, soient publiés dans le monde entier, régulièrement, comme celles des enseignants chercheurs, et vous comprendrez pourquoi !.

    Les chercheurs en entreprise n’ont de comptes à rendre qu’à l’entreprise qui les emploie et les paie. Si l’enreprise ne leur demande pas de publications (pour des raisons évidentes de secret industriel), ne vous inquiétez pas qu’elle leur demande des résultats par ailleurs.

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009  

    ne nous étonnons pas si les américains nous dépassent et nous vendent un matériel nouveau et plus performant ; ils savent utiliser l’argent dans les deux domaines. les chercheurs cherchent, les ingénieurs produisent, c’est ce qu’on appelle une symbiose. écrit georges2

    C’est pas tout à fait cela : aux USA , dans les universités publiques (c’est à dire d’état, financées en grande partie par les impôts) comme dans les universités privées :

    après 3 ou 5 ans maxi

    un chercheur inefficace n’aura pas le renouvellement de son contrat

    c’est simple, moral et, à voir le nombre de chercheurs français qui souhaitent entrer dans ce système anglo-saxon (vilipendé par les adeptes du ne-rien-changer) la meilleure preuve que

    les bons chercheurs français sont adeptes de l’évaluation critique exigeante

    certains chercheurs français votent même avec leurs pieds en souhaitant y faire leurs preuves

  • > Jean-Paul PENOT
    23 février 2009, par Tom  

    Oui, les Etats-Unis attirent : les salaires sont incomparables, les moyens alloués aussi. Et l’atmosphère a plus d’allant. La France de François Ier et de Louis XIV attirait aussi. C’est encore le cas aujourd’hui : l’Université de Pau compte de nombreux chercheurs enseignants d’origine étrangère. Mais on pourrait souhaiter qu’il y en ait plus, je vous l’accorde.

    Dans votre comparaison, vous oubliez ce qu’on nomme la tenure qui procure une stabilité que vous voulez battre en brêche. Voici ce qu’en dit Wikipedia (un tout petit extrait) :

    "Academic tenure is primarily intended to guarantee the right to academic freedom : it protects teachers and researchers when they dissent from prevailing opinion, openly disagree with authorities of any sort, or spend time on unfashionable topics. Thus academic tenure is similar to the lifetime tenure that protects some judges from external pressure. "

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