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La vie des gens : Manuel

samedi 3 octobre 2009 par AK Pô


"Les nains aussi ont commencé petits", disait Peter Ustinov. La question est donc posée : deviendront-ils tous des grands de ce monde, pour la simple raison que le monde est devenu minuscule quand l’homme, formaté à outrance, devient microscopique ? That’s the no-question, sir !

Manuel ne se rendait pas très compte que les temps avaient changé. Il se souvenait qu’avant, pour écrire, il suffisait de voler une plume à un oiseau, d’écraser des boulettes de sureau et d’étaler très finement de la pâte à pain sur une table, quand désormais seule la chute du clavier d’un piano sans bretelles devenait le mode le plus accessible pour s’engager dans une discussion avec soi-même. La fée Electricité masquait de son dédain le clair de lune de l’ami Pierrot, et puis, tout avait été dit, les suppositions les plus folles s’étaient réalisées, les tendances avaient convergé vers les lieux de la pensée unique, la langue restait collée au palais des princes, et il n’était jusqu’au langage des animaux qui n’eût été décrypté.

Les enfants, depuis des générations, suivaient de longs cours d’expression artistique, théâtre, peinture, coloriage, écriture, scénarii d’historiettes, expression corporelle, qui en faisaient à la longue de parfaits faux-culs sachant s’adapter à toute situation sociale, beaux parleurs, appliquant une scénographie stéréotypée à chaque évènement de la vie. Les sentiments transmutaient depuis longtemps dans de grandes poubelles historiques que l’on nommait progrès, finance, développement, profits, délocalisations, crise mondiale. Les adultes, ceux qui jadis étaient assidus aux cours d’activités culturelles, se prenaient tous pour des artistes, chacun a un don pour quelque chose disait ma grand-mère toi tu as celui d’em... le monde, et on les voyait en représentations permanentes, ici et là, partout sur la planète, se congratulant dans les congrès, évoquant les inégalités, les injustices, la corruption, le doigt pointé vers l’absence de coupables, vers la salle vide, les spectateurs étant les acteurs mêmes de cette mascarade qui s’achève toujours dans l’opulence, les festins et les danses, pièce étonnante au titre évocateur : "Minima de Malis"(*), mais dont personne, quel que soit son rôle, ne comprend le sens, car c’est l’artiste qui donne son sens au message inscrit sur l’affiche, tant il faut admettre qu’il y a autant de tirades que d’acteurs, d’auteurs, de régisseurs et de directeurs de troupes. Certains se regroupent, car ils ont des frais, en républiques, en dictatures, en royautés, chacune ayant ses propres brigadiers, ce qui fait beaucoup de bruit pour le même effet, aussi vide qu’un long discours, aussi creux qu’une coquille d’huître.

Manuel se demanda combien d’histoires pourrait écrire ce rouge-gorge, à l’instant posé sur la balustrade du balcon. Oiseau des morts en visite, ainsi qu’il est dit que chaque chose doit être nommée, il salua le piaf : "bonjour, Perpète !", et l’oiseau s’envola. Sans doute ne cherchait-il pas d’histoire à cet homme qui, le dénommant ainsi, le prenait pour un moineau. Les oiseaux ont des plumes, mais n’écrivent pas ni ne vivent de mots. Ils se contentent de voler, ce qui est un peu crétin, il faut l’admettre, surtout quand on a sur soi une foule d’histoires vécues, de témoignages de chats affamés, d’arabesques branchues, de choses volages et parfois cruelles que les artistes ignorent, enfin, les gens qui se prennent pour des artistes professionnels, qui chapardent une renommée qu’ils ne valorisent pas en sens ni en sueurs, juste en espèces sonnantes et trébuchantes, c’est l’art de la navigation entre les hautes sphères, culturelles et cultuelles, vendre son âme aux marchands de canons, canons de la beauté plastique et patinée qui festoye et se congratule dans les congrès selon des lois bien attablées.

Ce qu’ignore Manuel, c’est que le rouge-gorge est descendu dans la rue, sur une jardinière, et qu’il contemple le passage d’un cortège d’enfants déguisés en moutons. Que ce spectacle l’amuse énormément. Car, sous le masque du déguisement, les enfants rient et trottinent chacun à sa façon, celle qui ne s’apprend pas dans les activités d’expression artistique. Semblable fut son enfance, quand il fuyait dans les bois scier le tronc des chênes pour en faire des crayons, taraudant les bûchettes pour y insérer une mine, faite de plomb trouvé dans les cartouches d’un chasseur endormi.

(*) des maux choisir les moindres

-par AK Pô

26 09 09


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