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Eric CAZENAVE-TAPIE

lundi 21 décembre 2009 par Bernard Boutin


Fin septembre 2009, quelques personnes notamment de Greenpeace Pau et moi-même, avons voulu attirer l’attention des béarnais sur les enjeux du réchauffement climatique. Très vite s’est imposée tout d’abord l’idée de constituer un collectif citoyen et associatif indépendant des partis politiques : COCLIPAU, le Collectif Climat de Pau. Le 20 octobre, COCLIPAU définissait son texte fondateur et comptaient ses premiers membres moteurs pour aboutir à ce jour à 27 associations de Pau et du Béarn, et près de 200 bénévoles pour assurer un sit-in nuit et jour avant et pendant la Conférence de Copenhague. Le siège du sit-in, une yourte, a été dressé à côté du musée des Beaux Arts à Pau. Le sit-in est resté en place un mois ; un mois pendant lequel discussions, exposés, conférences, films, soirées festives et échanges s’y sont succédés pour informer sur les enjeux du réchauffement climatique et les alternatives locales à privilégier individuellement et collectivement. Rencontre avec Eric CAZENAVE-TAPIE qui nous dit tout sur une expérience originale menée intensément. Une expérience politique au sens citoyen du terme.
Copenhague passé, reste à chacun d’entre nous à se pencher sur nos modes de vie réciproques et prendre les décisions alternatives déjà à notre portée.

Alternatives-Paloises - Vous venez de replier la yourte destinée à alerter les béarnais sur les changements climatiques à l’occasion de Copenhague ? Vos premières conclusions...
Eric CAZENAVE-TAPIE - Le bilan sur Pau est très satisfaisant. On a recueilli 5.000 signatures en 4 semaines ce qui est assez conséquent. Nous avons aussi reçu des signatures d’élus de toutes tendances politiques confondues ainsi que des courriers d’encouragements. Notre démarche a été prise au sérieux et CocliPau est devenu un interlocuteur possible pour les élus.
C’est un succès auprès des gens venus assister aux exposés et conférences chaque soir créant une réelle prise de conscience des enjeux des changements climatiques.
Un autre succès réside dans l’engagement sur le sit-in de citoyens qui ne sont pas forcément militants dans des associations. C’étaient des citoyens comme vous et moi qui se sont tout simplement impliqués.

Alternatives-Paloises - L’un des enjeux majeurs actuels est de changer notre façon d’envisager la « société de consommation ». Vous en sentez les prémices du côté du grand public ?
Eric CAZENAVE-TAPIE - Oui une minorité de gens se tournent vers les alternatives de consommation que nous avons présentées sur le sit-in. Ces alternatives existent mais le problème est que, sans l’appui des collectivités et des politiques, il est difficile qu’elles émergent de manière massive pour la population. Je pense aux circuits courts dans l’alimentation comme les AMAP, les Groupements d’Achat Local. Sur un tout autre plan, dans le domaine des transports, beaucoup privilégie les transports collectifs quand ils sont efficaces et abordables. Les collectivités ont un rôle important à jouer mais il ne faut pas qu’elles tiennent un double langage.
Par exemple, c’est très bien que l’on développe les TER cadencés en Béarn, mais il ne faut pas qu’en parallèle on développe des axes autoroutiers concurrentiels, par exemple la Pau-Oloron. Pour le bilan carbone, c’est simplement contre-productif. Le transport routier en Aquitaine est responsable de près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre.

Les alternatives sont réelles. Il faut maintenant arriver à les mettre en évidence et à les développer. Les gens sont d’accord avec notre démarche mais dans leur quotidien, ils ne prennent pas le temps de prendre du recul et de rechercher d’autres façons de consommer. Avec plus d’information, des explications, les choses peuvent changer très rapidement.

Alternatives-Paloises - La taxe carbone semble largement insuffisante pour faire évoluer les mentalités...
Eric CAZENAVE-TAPIE - La taxe carbone, telle qu’elle est à ce jour, c’est du « flan ». C’est de la gesticulation politicienne pour faire croire que.. Elle doit d’abord servir à constituer un fond national aidant justement les collectivités et les politiques gouvernementales pour développer les alternatives dont nous venons de parler. Ainsi en soutenant financièrement cette mutation vers une société d’efficacité et de sobriété énergétiques, la population pourra plus facilement s’extraire de la taxe carbone.

Par ailleurs cette taxe pour être réellement dissuasive doit être plus élevée et toucher tous les secteurs de la société et surtout pas seulement les consommateurs. Par exemple, la taxe doit être étendue aux mouvements financiers spéculant sur des fonds « à forte empreinte carbone », aux transports de fret aériens, maritimes et routiers, aux « industries agricoles » d’élevages bovins et d’agriculture intensive. Mais en France, l’électricité nucléaire doit aussi être taxée car le bilan carbone de la filière n’est pas neutre depuis l’extraction de l’uranium jusqu’au retraitement des déchets en passant par la construction des centrales. Rappelons que le nucléaire dont nous sommes dépendant n’est pas une solution au réchauffement climatique pour la seule et bonne raison que l’uranium n’est pas renouvelable. Sans démanteler le parc nucléaire actuel, il faut migrer progressivement vers les énergies renouvelables.

Alternatives-Paloises - On ne pourrait pas être tenté, vu des difficultés à enclencher les changements à prendre des mesures coercitives. N’y a-t-il pas un risque ?
Eric CAZENAVE-TAPIE - Ce risque existe. Beaucoup d’ONG et de partis politiques mettent en évidence ce risque de « dictature écologique » dans lequel on pourrait basculer en pronant le tout « capitalisme vert », et cela au détriment notamment de la justice sociale. Tout est lié... on ne solutionnera pas la crise climatique durablement sans équité sociale.

Nos démocraties sont fragiles. Dès que les crises sont importantes, les pays se referment sur eux-mêmes. Rappelons-nous la crise financière et le replis des pays européens et aujourd’huin l’échec de la Conférence de Copenhague.
Il faut rester optimiste et faire changer ce modèle en douceur, mais dès aujourd’hui car plus nous attendons plus nous risquons d’être confrontés à des crises graves mettant en danger nos démocraties.

Alternatives-Paloises - C’est aux partis politiques à prendre la chose en main...
Eric CAZENAVE-TAPIE - Il convient aux partis d’écouter les messages politiques émis par la société civile comme l’a fait COCLIPAU entre autres. Après je crois aussi beaucoup au rôle de l’individu lui-même pour faire changer les choses, chacun de nous constitue un maillon de la société infime fut-il, chacun a un rôle en tant que consommateur. Et nous devons nous transformer en des « consom’acteurs ».

Par ailleurs, c’est important d’imaginer des traités internationaux mais on peut aussi imaginer des accords de région à région, de ville à ville et cela aussi pourrait faire avancer les choses rapidement et avec des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre. Une coalition d’Etats américains ont un discours plus volontaristes que leur gouvernement fédéral.

Alternatives-Paloises - de voisins à voisins avec le co-voiturage...
Eric CAZENAVE-TAPIE - Le covoiturage est une étape transitoire en attendant que l’on ait des transports collectifs suffisants et moins chers. Le problème est que le covoiturage absorbe des passagers du transport ferroviaire. Des conducteurs avouent que s’ils ne trouvaient pas des covoitureurs ils utiliseraient le train. Toutefois à une échelle plus locale, c’est une méthode efficace pour diminuer massivement le transport individuel sur les trajets domicile-travail.

Alternatives-Paloises - Quelles pistes pour COCLIPAU après Copenhague ?
Eric CAZENAVE-TAPIE - COCLIPAU va perdurer en tant que collectif d’associations. Y resteront les associations qui souhaitent y rester. Le collectif est ouvert. De nouvelles associations peuvent l’intégrer, d’autres en sortir...
Durant notre réunion bilan et d’ « après Copenhague », nous avons tous été d’accord pour dire notre satisfaction du bilan à Pau mais notre mécontentement par rapport au fiasco de la Conférence de Copenhague. Pour marquer notre amertume face à cette « mascarade », nous avons réalisé une marche aux flambeaux vendredi soir jusqu’à la Préfecture, représentation locale du gouvernement français présent là-bas.

Dès janvier, COCLIPAU se réunira à nouveau pour avancer et s’orienter selon plusieurs voies qui ont été évoquées. : réaliser une plate-forme internet d’échanges pour mettre en évidence les alternatives locales en Béarn. Il a été évoqué aussi l’idée d’un grand Forum local à la fois de débats mais aussi festif en promouvant ces alternatives.

COCLIPAU gardera sans aucun doute ce qui a fait sa force durant ce sit-in : sa créativité, sa visibilité médiatique au travers d actions courtes mais intenses. Toutefois il a été convenu après l’urgence de Copenhague, de passer à une phase de réflexion pour être en accord sur le fond.

Alternatives-Paloises - Il y a toute une pédagogie à développer. A qui appartient-il de le faire ?
Eric CAZENAVE-TAPIE - L’éducation peut prendre plusieurs formes. Mais il est clair qu’il faut démarrer sur les très jeunes, les écoliers, les collégiens voire les lycéens.
La yourte était installée près de Marguerite de Navarre et de Louis Barthou, on a vu des jeunes s’intéresser à notre démarche mais pas tant que cela finalement. Ont-ils loupé le coche malgré la visibilité que nous avions ? Peut-être n’avons-nous pas suffisamment tenté d’aller vers eux les adolescents ? Et puis reconnaissons que c’est une période de la vie où la société paraît pour beaucoup d’entre eux, bien lointaine au vu des préoccupations que le système éducatif leur impose.

Alternatives-Paloises - Pour aller plus loin quel public avez-vous vu passer dans la yourte ?
Eric CAZENAVE-TAPIE - On a eu un public transversal, vertical en termes de représentation. Le public était de toutes origines sociales et géographiques. Tous les âges étaient aussi représentés. Le réchauffement climatique est un sujet global sans aucune distinction. C’est très gratifiant d’avoir eu cet élan de la population.

Alternatives-Paloises - A titre personnel, que retenez-vous de ces quasi 4 semaines passées sous la yourte ?
Eric CAZENAVE-TAPIE - C’est une expérience magnifique. Beaucoup de gens se sont rencontrés. Beaucoup d’associations qui ne se connaissaient pas forcément ont échangé. Tout le monde s’est rassemblé autour d’un même message de cohésion et de partage. Et puis je retiendrai cet engagement des béarnais(es).
COCLIPAU a attiré pas mal de personnes jeunes pour ses membres les plus impliqués, et on a vu une énergie forte qui se développait toujours dans la bonne humeur, la simplicité, la transparence et le partage.

Alternatives-Paloises - Un « agora » grecque...
Eric CAZENAVE-TAPIE - Une « agora » paloise de la société civile, sans le poids des politiques. Mais notre message « politico-citoyen » était clairement exprimé. Je souhaite longue vie à COCLIPAU !!


- Propos recueillis par Bernard BOUTIN

Le site de CocliPau : http://coclipau.free.fr/index.php


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Votre commentaire



> Eric CAZENAVE-TAPIE
23 décembre 2009, par le coq  
YaYaYa-out

Autant en emporte le vent et ce n’est pas plus mal. J’avais bien dit que le seul intérêt de ces "grands éclairés" était de créer des structures "bidon" pour percevoir des subventions à court terme. Ca c’est la réalité et difficile de se protéger des parasites. Soyons sérieux...qui n’a pas une petite idée sur ces sujets climatiques ? Alors si on doit faire une asso pour faire du bruit c’est un détournement de moyens. Copenhague vous a donné une leçon sur les priorités du monde, il faut comprendre le message.

   
 
 
 
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