Abonnement à la newsletter d'A@P

Votre email :

Valider
 

 

Pau - La vache sur le toit

lundi 28 mars 2011 par MoMus


Momus n’a pas fini d’utiliser les formules coup de poing de l’inimitable Louis Réau, comme « Le vandalisme embellisseur » (1). Ce pourrait être aussi : « La maire, la vache folle et la Miséricorde », en référence à qui vous savez. Il suffit de remplacer le paisible patelin vendéen du film de Rohmer, menacé d’une médiathèque festive, par les prestigieuses cités béarnaises fières de leur patrimoine pour constater qu’aucune ville de France n’est à l’abri des désolations, ruines et saccagemens, auxquels Jacques Androuet Du Cerceau faisait allusion dans sa dédicace aux Plus excellents bâtiments de France (2)

Orthez, ville de Gaston Phoebus, Oloron Sainte-Marie, Lescar, l’un des évêchés du Béarn jusqu’en 1753, enfin Pau, capitale du Béarn depuis la fin du XV e siècle hésitent entre initiatives méritoires et iconoclasme. Au rang des premières, le combat des défenseurs vigilants d’Oloron-Sainte-Marie qui viennent de jeter un « SOS patrimoine en danger » : une terrasse bétonnée couronne la plus haute tour de la cité, dépareillant le foisonnement des beaux toits en ardoise qui l’entourent. Dans le secteur historique, une longue clôture en béton préfabriqué remplace les galets du gave prescrits par la ZPPAUP, vilain dérapage que le label « Ville et Pays d’art et d’histoire » n’a pas suffi à arrêter. En octobre dernier, Lescar, dont le fleuron est sa remarquable cathédrale du XIIe siècle, a déposé à la préfecture des Pyrénées Atlantiques un dossier pour être classée « commune touristique ». Mais Pau, qui a réalisé l’une des expositions majeures pour le quatrième centenaire de la mort d’Henri IV (avec celle de Fontainebleau) et doté son château d’une très belle mise en lumière (récompensée par le City people light award 2010), a été soudain piquée par les guêpes.
Le 8 juillet 2010, le Conseil municipal votait un projet de « réhabilitation » abracadabrantesque. La Miséricorde, jadis couvent des sœurs de la Visitation, située en plein centre de Pau dans le quartier des Halles, doit être rénovée pour accueillir l’Ecole supérieure des Arts et de la Communication (ESAC). Pour la somme de 10,4 millions d’euros, pas un sou de plus, juré craché, l’agence Jakob et Mac Farlane livrera en 2013 un bâtiment restauré et agrandi dont, « l’ambition est de conserver et de mettre en valeur la qualité patrimoniale de cet ancien couvent, construit en 1873, tout en l’adaptant aux besoins de l’école ». Si la « com » de l’agence s’en tenait à cette déclaration, tout serait clair, mais elle adopte la novlangue dont raffolent les gogos pour être bien sûre que tous comprennent le sens de l’intervention, à savoir : « créer un nouveau visage sous la forme d’une extension qui doit être vue comme le signal d’une nouvelle vie au niveau de l’espace urbain. » Momusiens, retenez le nom de signal comme vous avez retenu l’omniprésence de « la mise en valeur » : ils n’ont pas fini de sévir contre le patrimoine.
Puisqu’il n’était pas question de toucher à la façade, classée, pas question non plus d’une extension latérale, le bâtiment étant coincé par la nouvelle médiathèque sur son flanc gauche, où installer le fameux signal, tarte à la crème des novarchitectes, si ce n’est sur le toit ? Et comme de bien entendu, la rénovation ne pouvant être qu’un événement architectural, une plus-value spectaculaire dans la perspective du rayonnement de la ville, va pour une superstructure écrasante, perchée comme un épais matelas noir et blanc sur les toits de la Miséricorde, et destiné à abriter des salles de cours supplémentaires. Détail judicieux, les taches noires dissimulent des fenêtres qui laisseront passer une lumière, ô combien écolo ! (3)

Dès la présentation du projet au Conseil municipal et sa publication dans la presse régionale, le projet déclenche un tollé général, relayé par la vaste communauté des internautes. Le public parle immédiatement de « grosse vache écrasée », certains conseillers municipaux de l’opposition crient au scandale, tandis que la majorité tient bon. Depuis lors, l’OVNI alimente débats et forums sur la toile. Curieusement aucune question sur la faisabilité technique de l’objet, ni d’interrogation précise sur sa compatibilité avec les préconisations de la ZPPAUP de Pau. Ceux qui crieraient à la bavure esthétique sont priés d’en référer à la Tour Eiffel, au musée Guggenheim de Bilbao, voire aux colonnes de Buren. A ceci près que Pau, ville moyenne de 80 000 habitants, n’est ni Paris ni Bilbao. Ce que devrait savoir l’agence qui a réalisé de grands projets comme la Cité de la Mode à Paris et le restaurant du musée Beaubourg.
Manque de concertation, abus de pouvoir, serait-ce ainsi que se résume la politique culturelle de Pau en matière d’urbanisme ?

  
- par MoMus

(1) Histoire du vandalisme, Bouquins Laffont, Paris, 1994
(2) Les dessins des plus excellents bâtiments de France. Françoise Boudon et Claude Mignot, Picard, Cité de l’architecture, Le Passage, Paris, 2010
(3) Pau.fr, « Nouveau visage pour la Miséricorde ».


[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 
 
 
Votre commentaire



> Pau - La vache sur le toit
28 mars 2011, par L’ OURS du Bois  

il a été dit sur la toile, par moi même que cette réalisation sera (ou est) en parfait désaccord avec la ZAPP extension, mais 99% des palois ne savent pas ce que cela veux dire ni qu’elles en sont les limites et obligation (dernier cadeaux de mengado ( en minuscule) qui a fuit la ville dés sa retraite)

pour le reste, suffisamment "d’ingénieurs" qui savent comment faire des travaux sans bruit et sans poussières

  • > Pau - La vache sur le toit
    30 mars 2011, par Edouard Girard  

    Si 99% de Palois ne savent pas ce qu’est une ZPPAUP qui les concerne( selon "l’Ours des Bois") c’est que la Mairie de Pau est gravement défaillante en matière de communication !

    Une Zone de Protection Patrimoniale Architecturale, Urbaine, et Paysagère (ZPPAUP), est un règlement d’administration municipale qui s’impose à tous les habitants : y compris bien évidemment au Maire, aux élus, aux Services Techniques.

    On sait que le "mengadisme" a été une grave perversion épidémique qui a sévi de longues années sur le patrimoine palois, et a cessé dés que le germe porteur a quitté la ville . A ce propos , on se rappelle que Mme Lignières-Cassou a un jour publiquement jugé, avec l’architecte des Bâtiments de France en service à ce moment là, que la "vache" échouée, genre structure gonflable, sur le toit d’un bâtiment public de Pau éminemment patrimonial, était une réussite architecturale de première grandeur.

    A propos de cette affaire, l’Ours des Bois " a l’innocence de croire que lorsqu’une ville s’est votée sa ZPPAUP, la voilà "sauvée des eaux" en matière patrimoniale,grâce à des "ingénieurs" qui savent ce qu’ils ont à faire ! Hélas, l’Ours ignore qu’il existe beaucoup d’incompétence dans la technostructucture en charge de mettre en oeuvre les règles de notre patrimoine. Il en existe tout autant chez les élus, qui viennent dans de trop nombreuses occasions renforcer les effets destructeurs de cette incompétence. De plus, nombre de textes officiels restent inconnus de ceux qui ont à les appliquer, et s’ils en sont connus, ces mêmes textes sont alors parfois incompris, ou parfois carrément et volontairement contournés.

    Cela fait beaucoup à supporter pour le patrimoine. Et il serait trés étonnant que la ZPPAUP paloise autorise dans son texte la "vache affalée", telle que les journaux nous l’ont montrée. Mais quel palois sera capable, et aura envie politiquement, d’aller y voir en mairie de Pau, en consultant page à page ce texte public ? Une telle démarche, pourtant "citoyenne", comme on dit aujourd’hui à tout bout de champ, n’est pas dans l’air du temps !

  • > Pau - La vache sur le toit
    30 mars 2011, par L’ OURS du Bois  

    fausse innocence, je reste parfaitement lucide

    je ne suis pas ingénieur, nous avons un certain Bernard qui avait "presque raison" smiley smiley

  •    
     
     
     
    Les rubriques d’A@P
    Citoyenneté
    A compte d’auteurs
    "Arpenteurs sans limites"
    "Les sorties de Michou"
    "Un samedi par semaine - tome 2"
    "Un samedi par semaine - tome I"
    Au ras du bitume
    Enquêtes
    Evasion
    Maréchaussée Paloise
    A@P.com
    Courrier d’e-lecteurs
    Hommes et femmes d’ici !
    Opinion
    Portraits, Entretiens
    Tribune Libre
    Humeurs
    La Charte d’A@P
    Le défouloir !
    Les cartons
    Les cartons mi-figues mi-raisins
    Les cartons rouges
    Les cartons verts
    Les Nouvelles Pratiques Municipales (NPM)
    Vu dans la presse
    ”Les Causeries d’A@P”
    Détente
    Loisirs
    Spectacles
    Economie
    Aéroport Pau-Pyrénées
    Enjeux
    Enjeux environnementaux
    Enjeux européens
    Enjeux sociétaux
    Grand Pau
    Lescar
    Billère
    Gan
    Gelos
    Idron
    Jurançon
    La CDA Pau-Pyrénées
    Lons
    Point de vue
    Grands projets
    "LGV des Pyrénées" : la desserte du Béarn et de la Bigorre
    BHNS (Bus à Haut Niveau de Services)
    Le "Pau-Canfranc", la Traversée Centrale des Pyrénées
    Nouveau complexe aquatique de Pau
    Nouvelle voie routière Pau-Oloron
    Nouvelles Halles de Pau
    Pau
    Du Côté des Quartiers
    La vie
    Une idée pour la ville
    UPPA
    Politique
    Forums des Partis
    Politique locale
    Politique régionale et nationale
    Territoires
    Aragon
    Béarn
    Bigorre
    Espagne
    Europe, Monde
    Pays Basque, Euskadi
    Pyrénées
     
       
     
      Envoyer à un ami
    Destinataire  :
    (entrez l'email du destinataire)

    De la part de 
    (entrez votre nom)

    (entrez votre email)



    [ Imprimer cet article ]
     


     
    Autres articles

    Offre d’emploi
    Alexandre - Il n’y a pas de mot
    Je suis partout... un media à part
    La boussole des politiques : Le pouvoir
    Habemus Papam !
    Réformer la France : Un travail de Titan
    Stéphane Hessel : Mort d’un homme lumineux
    Jaurès, m’entends-tu ?
    Le couple Algérie France
    Déjà demain !
    Les "foreurs" et EELV pas prêts d’être d’accord
    Circulation et protection des piétons et cyclistes à Pau...
    Noël en famille
    Gascogne, Béarn : 2013, 2033, deux anniversaires à célébrer ?
    Béarn 2030 - Un scenario fiction de l’espérance : La situation en 2030
    Béarn 2030 - Un scenario fiction de l’espérance : Le sursaut de 2013
    Communauté d’agglomération Pau-Pyrénées - Quelle injustice !
    Les Français sont-ils des ânes ?
    Béarn - Paris : La Garbure et Louis Barthou
    Les terriens n’ont rien compris



    [ Haut ]
     

    Vous pouvez afficher les publications de Altern@tives-P@loises sur votre site.

    Site mis en ligne avec SPIP | Squelette GNU/GPL disponible sur © bloOg | © Altern@tives-P@loises