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François PELLERIN

lundi 16 mai 2011 par Bernard Boutin


François Pellerin a un CV bien rempli. Scientifique et chercheur au CNRS par ses études, responsable innovation technologique et directeur d’établissement chez Turboméca à Bordes, Président d’Adour Compétitivité ou encore du CFAI Adour (Centre de Formation d’Apprentissage de l’Industrie) etc.
Spécialiste en développement territorial, François Pellerin a activement participé à la mise en place d’Aéropolis à Bordes et collaboré au projet de Technocité dans le BAB.
Beaucoup de bonnes raisons pour l’amener à nous parler de recherche et formation d’ingénieurs, du développement de notre territoire et des challenges auquel doit faire face la France et l’Europe. Une interview sans détour, riche, encourageante et porteuse d’espoirs.

Alternatives Paloises - Conséquence de la mondialisation, la France s’est désindustrialisée au fil des années. On est à la veille d’une élection présidentielle, que conseilleriez-vous aux candidats pour casser la tendance et repartir de l’avant ?
François Pellerin - C’est forcément une bataille de long terme pour recréer le tissu industriel perdu.
Il faut d’abord garder les industries qui nous restent, les développer et les utiliser pour fabriquer de la croissance. C’est entre autre la politique des pôles de compétitivité.
Ensuite, et c’est vital, la recherche est primordiale. Il faut être devant. C’est une notion, malheureusement devenue « tarte à la crème », qui doit garder toute sa force. Flécher les crédits vers les industries high-tech, c’est notre meilleure chance de résister, parce que c’est là que nous avons de l’avance par rapport aux chinois, aux indiens, aux brésiliens ou aux russes. C’est le bon sens, et c’est à quoi l’argent du grand emprunt est utilisé. Si on avait décidé d’utiliser cet argent pour recréer les activités Low-tech perdues, c’était une catastrophe...
Autre donnée forte : Les entreprises ont besoin tout d’abord d’un environnement stable et de repères. La législation sociale, fiscale ne doit pas changer sans arrêt.

Alternatives Paloises - Comment jugez-vous la recherche française ?
François Pellerin - J’en suis issu. J’ai commencé ma carrière comme chercheur au CNRS, dans le domaine des matériaux. Le niveau de la recherche fondamentale est excellent. En ce qui concerne la recherche appliquée, Il y a 30 ans, le chercheur français était, parmi les pays industrialisés, le plus éloigné de l’entreprise. A cette époque, dans ce milieu, seule comptait la science et la culture. La formation professionnelle était à la limite un gros mot, quand vous parliez à un enseignant, et il en était de même en ce qui concernait la recherche industrielle pour un chercheur.
Le chercheur s’est beaucoup rapproché du monde de l’entreprise. Comme c’est un problème culturel, cela s’est fait lentement mais régulièrement.
Pour aller plus vite, l’Etat et les régions ont mis en place les pôles de compétitivités dont je suis un grand supporteur. Un pôle de compétitivité permet de faire travailler ensemble industriels, chercheurs et formateurs sur un territoire donné pour le développer. La proximité favorise le contact et fait émerger les idées nouvelles, c’est plus difficile quand on travaille avec des partenaires installés à 800 kms...

Alternatives Paloises - Vous avez un pôle de compétitivité à citer en exemple...
François Pellerin - « Aerospace Valley », le pôle aéronautique qui a été crée en commun entre Aquitaine et Midi-Pyrénées. C’est un très beau succès pour les financements engrangés, les actions développées. Par contre, il y a des bagarres entre territoires du pôle qui sont complètement contre-productives.
Les premiers pôles ont été retenus en juillet 2005. Les premiers projets ont été labellisés et financés à partir de 2006 ou 2007. C’est seulement à la fin 2010 que des résultats ont commencé à être atteints. 5 années en recherche, ce n’est rien. Mais les premiers résultats sont très encourageants, de même que la dynalique régionale du secteur.

Alternatives Paloises - Face à cette recherche qui vous importe tant, nos écoles d’ingénieurs sont-elles suffisamment nombreuses et répondent-elle bien à la demande ?
François Pellerin - Au niveau qualité de la formation, les écoles d’ingénieur ont le niveau. En quantité, nous allons vers une pénurie. Ce qui est paradoxal, c’est que les jeunes diplômés Bac+5 ont du mal à trouver du travail aujourd’hui, et pourtant nous devrions aller vers une pénurie de jeunes très bien formés, à tel point que l’on envisage de faciliter l’immigration des Bac+5.
Il faut poursuivre la politique d’excellence des ingénieurs et développer leur nombre. Je voudrai citer l’ESTIA sur le Campus d’Izarbel à Bidart. Créée en 97, elle formait 50 étudiants par an en 2000. Aujourd’hui, ils sont près de 130 par promotion, ce qui fait près de 400 élèves-ingénieurs dans l’école. Ils devraient passer à 150 à très court-terme.

Alternatives Paloises - La gouvernance de la France ou de l’Europe est-elle trop libérale et pas assez dirigiste ? Le retour aux "plans" serait-il une bonne chose ?
François Pellerin - Il faut un équilibre entre la liberté d’entreprendre et l’initiative publique. C’est dans notre culture européenne, même si l’Union Européenne a une culture libérale plus forte que celle les européens eux-mêmes. Cela est du au fait que l’on s’est mis d’accord sur le « plus petit commun dénominateur » à savoir : libérer l’initiative crée de la richesse.
L’Europe est partie là-dessus or il y a une tradition européenne d’initiatives publiques, d’organisations, de plans qu’il faut prendre en compte.
La crise financière, même si elle n’a pas encore produit beaucoup de fruits, a marqué les esprits. On entend beaucoup moins les libéraux qu’avant. Même en Grande Bretagne, il y a un changement de ton.

Alternatives Paloises - Sur votre blog "Humeur du Sud", on lit : "Le cœur de la dérive financière est là. Ce sont les objectifs de résultats à deux chiffres fixés par les actionnaires qui ont perverti le système, incité à des montages financiers toujours plus sophistiqués et toujours plus opaques, promu les paradis fiscaux... Est-il trop tard pour sortira de ce déterminisme ?
François Pellerin - Dans la vie de mon entreprise Turbomeca, j’ai connu 2 périodes. Celle des années 90 où l’on a eu plusieurs crises successives avec deux plans de licenciements. Cela a été très difficile. A l’époque, l’entreprise perdait 300 millions de francs par an et faisait 500 millions de francs de recherche et développement. Cherchez l’erreur !
Aujourd’hui, les exigences des marchés rendraient ce schéma impossible (perdre de l’argent et de faire de la R&D). Il faudrait couper dans ces dépenses.
Or, si Turbomeca est devenu leader mondial dans le domaine des turbines pour hélicoptères, c’est parce que pendant 10 ans, alors que les américains taillaient dans les effectifs de leurs bureaux d’études, nous, nous continuions à développer des moteurs.

Alternatives Paloises - Comment peut-on mettre un frein à ce capitalisme financier qui se fait à l’encontre du capitalisme industriel ?
François Pellerin - Les fonds de pension avec les exigences de rendement du « retraité du Kansas » ont beaucoup de responsabilités dans ce qui s’est passé.
Comment retourner cela ? Il faut certainement une régulation. C’est ici que la puissance publique doit reprendre la main.

Alternatives Paloises - Dans cette Europe qui souffre, faut-il mettre en place des quotas ou droit de douanes pour lutter contre le "dumping social et environnemental" des pays "émergents" ?
François Pellerin - C’est très compliqué parce que pour coopérer et se développer, il faut être deux. Si l’on remet des droits de douanes, les chinois ou les indiens vont faire de même. Cela ne va pas arranger nos affaires. La clef est, j’y reviens, dans l’avance technologique.

Alternatives Paloises - Turbomeca n’hésite pas à transférer ses technologies en Chine. C’est le risque gagnant...
François Pellerin - Pour les entreprises mondiales, c’est le cas de Turbomeca, il faut bien voir que l’on est dans un marché de renouvellement dans les pays traditionnels et dans un marché de fort développement dans des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil etc. Si on veut pénétrer ces marchés, il faut répondre aux exigences de clients qui contracteront avec l’entreprise qui transférera le plus de technologie sur leur territoire.

Alternatives Paloises - Avec le risque de voir revenir sur notre marché des copies « Made in China »...
François Pellerin - Tous les industriels et leurs salariés ont cette problématique à l’esprit en permanence. Il faut évidemment être extrêmement vigilant et résister à des demandes inacceptables, mais refuser tout transfert de technologie, c’est perdre certainement ces marchés.
Turbomeca a commencé à transférer vers la Chine dans les années 80. A cette époque, l’entreprise a vendu la licence du moteur Arriel aux Chinois. Il n’y a pas eu de retour de flamme, mais les Chinois des années 80 et ceux des années 2010 ne sont plus exactement les mêmes. Ils ont beaucoup appris et progressé.
Il ne faut pas transposer du passé que l’on se trouve dans une situation sans risque. Il y a risque. Il faut en être conscient et le gérer comme tous les risques. Le refuser, c’est voir la porte du marché se refermer.

Alternatives Paloises - Vous venez de quitter Turbomeca et avez crée dernièrement une société de conseil "Sudinnove" : Quelle est sa mission ?
François Pellerin - Une de mes activités préférées dans ma carrière chez Turbomeca a été le développement territorial et régional.
Les collectivités voulaient utiliser Turbomeca comme levier pour développer le territoire. Turbomeca voulait de l’aide pour monter son projet d’usine nouvelle. Nous avons trouvé un terrain d’entente pour réaliser l’usine finalement appelée « Joseph Szydlowski », fondateur de la société pour les besoins de l’entreprise, et la zone d’activité « Aéropolis », au voisinage de cette usine pour y accueillir de nouvelles activités et partager des moyens communs.
Je me suis aussi occupé de la réindustrialisation de l’ancien site de Ruwel/Sony sur la côte Basque. Une nouvelle zone industrielle baptisée Technocité y a vu le jour.
Je souhaite continuer à travailler dans ce domaine qui me passionne. Mon projet est d’offrir un service aux collectivités locales, aux acteurs de la formation et de la recherche, mais aussi aux industriels qui auraient un projet de développement territorial.


- propos recueillis par Bernard Boutin

Plus sur François Pellerin :
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http://humeurdusud.blogspot.com/


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