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comment écrire une histoire compliquée sur le dos des gens simples.

lundi 11 juillet 2011 par AK Pô


Comment écrire une histoire simple quand on dit de vous c’est un type qui complique tout et on ne comprend rien à ses histoires. Eh bien, on raconte la vie compliquée d’un type simple. Voilà pour la méthode. Maintenant, sachant que tous les lecteurs lectrices d’A&P sont au minimum bacheliers, la démonstration risque d’être plus coton. D’autant que plus on grimpe dans les sphères du Savoir, plus la moindre peccadille se complexifie. Donc, installez-vous dans les gradins, je me contenterai du sable de l’arène.

Ce qui distingue un type simple d’une histoire compliquée, c’est la vie du gars. Vous êtes de mon avis, n’est-ce pas ? Quelqu’un qui entre dans une entreprise d’où il ressortira quarante ans plus tard pour partir à la retraite chez lui, dans sa maisonnette à quelques kilomètres de son usine, n’a rien à voir avec un homme qui passe quarante ans à faire des petits boulots entrecoupés de périodes de chômage et d’errances diverses dans le pays, voire à l’étranger, pour finalement au bout du compte se retrouver tout près de chez lui, à quelques kilomètres de la frontière Aragon Navarre, sans visa sur son passeport, obligé de garder les moutons sur le plateau d’Anéou le temps que sa barbe pousse suffisamment pour passer inaperçu et franchir le col du Pourtalet planqué dans le troupeau bêlant.

Dans la vie simple et bien réglée de celui qui a travaillé toute sa vie à quelques kilomètres de son Sam suffit, a épousé une collègue avec qui il a eu deux beaux enfants, l’un poursuivant ses études à Harvard, l’autre à l’université Mac Donald dans le Massachusset, il passe toujours un petit vent de fantaisie et l’envie de prendre du bon temps, ce qu’on appelle dans le jargon profiter de sa retraite à plein temps. Le couple décide de faire un beau voyage, loin, pas comme leur voyage de noces à Jaca, dans les années soixante dix, quand les lits avaient des matelas plus remplis de ressorts que de laine. Un voyage sur la Lune. Ah chéri, lui dit alors sa femme, là, pour le type simple que tu es, tu deviens compliqué. Sur la Lune, il n’y a rien, ni oxygène, ni terrasses de café, ni restau. Et je déteste le camping.

Dans le même temps, l’autre zigoto a passé la frontière et déboule au petit matin à Jaca. Sa vie difficile et zigzagante lui conserve un certain tonus, et malgré son âge il ne tarde pas à rencontrer une petite femme qui l’accueille dans ses bras potelés. Son logis est humblement meublé, son lit couine parce qu’il y a plus de ressorts que de laine dans le matelas et aussi parce que de faire couiner un lit quand on est deux est toujours plus agréable que le faire ronfler quand on y dort seul. La petite femme glisse à l’oreille de l’ex berger mouton ben mon gaillard si tu m’avais promis la Lune je ne t’aurais pas cru, mais tu m’as expédiée bien au-delà. Le type alors rit, l’air un peu niaiseux (les moutons l’ont un peu rendu chèvre dans les alpages), et sa glotte tressaute allègrement dans sa gorge. Il est content. C’est si simple d’être content, parfois, dans la vie.

A quelques kilomètres de l’usine où le couple a fait sa vie, la décision est prise : destination Mimizan. C’est pas loin et il y a tout ce qu’il faut. Un choix simple, réaliste, économique et ensoleillé. Que demander de plus ? Sa femme prépare deux valises, un casse-croûte pour la route, un nécessaire de toilette avec crème solaire et fond de teint, coince deux revues de mots croisés dans son sac à main et son blackberrichon dans son soutien-gorge, des fois que les martiens l’appelleraient. Il ne faut rien laisser au hasard, car le hasard risque toujours de rendre compliqué ce qui est simple au départ.

Vous suivez ?

Je résume : un couple de gens simples à Jaca. Un couple de gens simples à Mimizan. En additionnant, cela fait dans une seule et unique simplicité, quatre personnes, et non plus un seul type, comme il était convenu au départ de raconter l’histoire. Cela signifie deux choses : la simplicité a tendance à faire des émules d’une part, et d’autre part cela complique l’histoire d’une manière inattendue et difficile à gérer. D’autant que d’un point de vue géographique, Jaca et Mimizan sont distants de plusieurs heures de route, n’ont pas d’aéroport et ne sont pas liaisonnés par une LGV. C’est donc très très compliqué, comme démonstration. L’heure est donc venue de faire un choix : soit on simplifie l’histoire, soit on complique les personnages. Soit on recule l’âge de la retraite. La solution est là.

Le type simple retourne à sa chaudronnerie, sa femme au service cuisine du self de l’usine, le berger à ses moutons d’Anéou et la petite femme aux bras potelés à sa confection de matelas à ressorts avec rembourrage en laine.

C’est pourtant simple, non ?

-par AK Pô

03 07 11


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