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Margot, cité des Fleurs, à Massy Palaiseau

dimanche 4 décembre 2011 par AK Pô


Délétères, délétères, les bras ondulants au-dessus de la Terre, bras qui n’avaient d’ailes que celles d’un sentiment amoureux qu’il tentait d’enfin connaître, séparant ses semelles du sol dur et asséché par de souterraines réalités, brassant l’air sans en sentir le vent, mais nul doute pourtant que son ventre déjà se mouvait sous les courants d’air qu’il soulevait par son mouvement répétitif, mécanique, non dénué d’intérêt, mais inadapté simplement de par sa corpulence, sa physiologie, et le poids excessif de ses chaussures et du boulet que constituait ce vertige qui ne manquerait pas de le saisir dès lors qu’il franchirait la barre des nuages. Pourtant l’appel qu’il venait de recevoir ne manquait ni d’ascendance ni de souffle divin, bien au contraire. Les misères du monde rouleraient désormais comme fétus d’herbes sèches dans les plaines immenses du Saskachewan, Istrati écrirait Les chardons du Baragan, Mircéa Eliade, au coin du feu dans un refuge de chasse , peaufinerait Noces au Paradis, et lui, l’homme qui gesticule dans son inutile aspiration, d’un coup vit le plafond s’écrouler à ses pieds, car enfin quelque chose, une indéfinissable chose, le soulevait soudain corps et biens.

Les murs qui l’environnaient jusqu’alors se mirent à fondre, emportant les miroirs de la vieillesse qu’il y avait scellés, il décollait par le transfuge des papiers peints qui jadis l’emprisonnaient, oui, sans doute était-ce cette sensation extrêmement douce d’un baiser auquel l’appel reçu l’ invitait à partager le goût, et par l’envergure du désir à en répandre la joie. Il quittait la ville pour non un pays, non un continent, mais pour le ciel d’un lit sans autre frontière que celle de deux vies intimement réunies. Le vertige ne le concernait plus, dont il déférait aux oiseaux de mauvaise augure l’apprentissage, les chaussures n’avaient plus désormais aucune utilité et les cordonniers cesseraient ipso facto d’être les plus mal chaussés. La plume des oreillers serait encore l’encens des rêves, les parapluies deviendraient des bassins de rétention avec des baleines grasses qui nourriraient les enfants chétifs, et plus il montait vers le baiser qui l’appelait, plus il transformait ses rêves en réalités palpables, douces, sensuelles, aimables.

Passée la toison moutonneuse des nuages, effectivement, la limpidité du ciel, son bleu intense, le son léger accompagnant l’allumage des petites loupiotes au-dessus de son crâne, l’air pressurisé parfumé aux clous de girofle, les messages du commandant de bord prévenant de fortes turbulences qu’ils allaient rencontrer, dans ce ciel où les anges se cachent derrière un tableau de bord aux étoiles multicolores, sur lequel néanmoins proémine la couleur rouge préférée des diablotins, alors que les villes se dessinent, grouillantes mais minuscules, entre deux trous d’ozone, spectacle magnifique pour lui, qui les regardait de si haut, et pourtant qu’il verrait de si près, quand il atterrirait chez Margot, cité des Fleurs, à Massy Palaiseau, après deux heures de métro, de RER, de taxi, de vélib et enfin de course poursuite avec un rottweiller aux fesses ne portant pas de muselière, simplement les misères du monde, misères roulant leurs fétus de paille dans les avenues désertes et venelles sordides de tous les enfers citadins.

L’amour donne des ailes, délétères, délétères, mais l’homme, depuis Icare, en a perdu l’usage. Ses bras enserrent plus qu’ils ne libèrent, et l’avion est devenu ce transport dont l’amour jadis se passait. Comme le lit des rivières, qui parfois en sortent, et vagabondent alors en ravageant tout le contraire de ce que l’on aimait en elles, la limpidité de l’eau, le friselis argenté des reflets, les araignées d’eau patinant sur l’onde, le silence des poissons, la pêche à la ligne, le pique-nique, l’oncle qui se baigne tout nu avec sa petite quéquette qui pend comme un ver de terre, l’immaturité, l’illusion d’un monde où chacun ne possède aucune formule magique pour anéantir l’instant bienheureux qu’il vit dans ce présent fertile et imbécile. Imbécile car sans futur, sans même envisager que demain risque fort de devenir un souvenir d’hier. Comme les caravelles emportèrent Christophe Colomb, puis survolèrent aéronautiquement la planète, belles caravelles devenues tristes caravanes de migrants, murs qui fondent et maisons qui flambent, délétères, délétères mouvements de bras emplis de colère et de désespérance.

Margot, cité des Fleurs, à Massy Palaiseau.

par AK Pô

03 12 11

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