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Décembre, dernier de l’année, nous pousse vers la sortie...

samedi 28 novembre 2009 par AK Pô


Décembre, qui arrive toujours le dernier, est le mois le plus revêche de l’année. Il commence par vous vendre ses calendriers : avent, facteurs, pompiers, associations, clubs sportifs... avec leurs imageries débridées, effeuillées, viriles, dont l’achat constitue un devoir moral car solidaire pour ceux qui passeront le cap de l’an nouveau (les autres peuvent refuser), cap toujours difficile où les résolutions non tenues seront sanctionnées par le code civil et les instances dirigeantes, qui veillent au grain sans pour autant apporter d’eau au moulin ; mais la police se chargera de la mouture.

Ce que tait Décembre, c’est que Novembre l’a ruiné, par le jeu pervers du relèvement de la taxe d’habitation, du prix du tabac, des tarifs ERDF GAZ SNCF, de la montée du chômage, du non-remboursement de médicaments, forfaits hospitaliers, de la non-augmentation de salaires (compensées par celles du tricotage, en rangs serrés), etc etc. Bref, c’est la dêche.

Que faire ? Eh bien, comme tous les palois font à cette époque là de l’année : descendre dans la rue, dès que la nuit tombe. Lire, bien emmitoufflés, le journal sous la voie lactée de la rue Serviez, faire de l’astronomie place des Sept Cantons, faire faire aux enfants leurs devoirs dans les grands magasins chauffés tout en faisant quelques emplettes pour Noël, ou les laisser dans des chalets en bois s’initier aux travaux manuels le temps de signer quelques chèques ligneux en cachette, lécher les vitrines et dévorer des yeux les marchandises à l’intérieur, enfin, prendre la vie du bon côté, c’est-à-dire celui où tout est gratuit, où l’on économise son énergie pour la dépenser aux beaux jours (si la situation s’améliore), se réchauffer dans le frotti-frotta de la foule qui baguenaude, s’asseoir sur un banc encore chaud du dernier fessier en ribaude, plonger ses mains dans les poches d’un riche badaud, trouver chouette de faire la tournée des grands-ducs dans la ville noctambule pendant qu’à la maison les compteurs ne tournent pas, l’eau ne coule pas et que l’huissier trouve porte de bois.

Mais Décembre, comme tout un chacun, rêve de libations, de foie gras et de truffes en chocolat. Et quand la vente de calendriers ne suffit pas, il faut envisager la survie par des méthodes plus élémentaires. Le vingt, il file au Secours Catholique, ou aux Restos du Coeur, et dégote sur un cintre un grand manteau fourré très classe qu’il endosse sans attendre. Les bénévoles admirent son port, c’est vrai qu’il est d’une élégance surprenante, on dirait un général russe à la retraite, et c’est ainsi vêtu que Décembre s’en sort. Il s’insinue dans moult cocktails, arbres de Noël, after-work, apéros dinatoires, bobosseries pseudo culturelles cent vingt pour cent bios et autres buffets charitables, ne tarissant pas d’éloges sur la générosité attendue des invités, la délicatesse des mets et ce sentiment si profondément altruiste d’aider les pauvres en s’empiffrant. Ainsi Décembre contribue à la conception d’un Jésus bien policé qu’il vénérera entre l’âne et le boeuf, psalmodiant sous les douze coups de minuit la litanie des bons sentiments, pendant que sur le parvis la sébile tintera en silence, remplie de vent. Ah, que cela est triste !

Mais non, les pauvres font pareil, sauf qu’ils meurent à crédit quand les précédents vivent à rente. L’euphorie règne, fin du dernier mois de l’année, voeux présidentiels à la clé, on se marre, on se congratule, les rues clignotent, les gens sourient, les déshérités dansent, les nantis pavoisent, les politiciens exhibent leurs satrapes, il fait beau il fait nuit, tous les calendriers ont été vendus, offerts en cadeaux aux ancêtres qui refusaient de les acheter, Décembre était du tonnerre, il a dansé ri embrassé bu tout dilapidé, ne reste que son manteau, qu’il mettra au clou le deux janvier, comme d’habitude.

-par AK Pô

22 11 09


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