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Copenhague, décryptage

lundi 21 décembre 2009 par Georges Vallet


Faire un texte sur cet événement est mission particulièrement délicate, tant le sujet est complexe ! Il n’est qu’une réflexion personnelle, incomplète et sans prétention. Le sujet est multidisciplinaire : historique, scientifique, politique, médiatique, social, économique, philosophique....

Historiquement, c’est une étape, au niveau mondial, dans un processus de réflexion et de régulation volontaire sur l’évolution de l’humanité, en rapport avec ses activités.
Scientifiquement, c’est la gigantesque somme de données apportées par la recherche dans tous les domaines des activités humaines ...
Politiquement, c’est la somme des décisions prises par les décideurs mondiaux.
Médiatiquement, c’est la transmission des informations et des décisions.
Socialement, c’est la conséquence, sur les individus, des décisions prises par les politiques.
Économiquement, c’est, après le Savoir, le Pouvoir du savoir faire technologique.
Philosophiquement, c’est la réflexion sur les conséquences dans l’avancée vers l’humanisation.
Si Copenhague devait être une synthèse concertée et équilibrée, la tournure prise est la recherche de la puissance financière, la rivalité économique, le pouvoir des uns sur les autres. 
Que peut-on retenir de positif ?
•  L’officialisation d’un problème majeur à résoudre pour un avenir soutenable pour l’espèce humaine, la mise sur la table des désaccords, la volonté verbale de progresser.
•  La reconnaissance officielle, malgré des tentatives de déstabilisation de l’opinion, qu’il y a une modification climatique marquée, entre autres, par un réchauffement.
•  Le fait que si l’homme n’est pas entièrement responsable de l’augmentation de l’effet de serre, il y contribue fortement. Quelle qu’en soit la part, il importe d’y faire face. 
•  La communication n’est pas rompue, les avancées « souterraines » sont probables.
Qui y a-t-il de négatif ?
•  Le temps qui passe ! Le danger croît plus vite que l’application des bonnes résolutions. Si on peut négocier entre hommes, ce n’est pas possible avec les éléments.
•  Le rejet d’une prise de conscience que la politique de liberté des marchés, financiers ou non, est dans une impasse et qu’il faut changer nos valeurs, notre économie, nos modes de vie. On discute, mais toujours sur les postulats du XIX ème.
•  L’échec de l’Europe. Pour conserver bonne conscience, on déplace la responsabilité sur les USA et de la Chine. Si, dans les débats au plus haut niveau, la France, et l’Europe en général, ont joué un rôle très secondaire, c’est qu’elle n’a pas été capable de parler de la même voix. La faute vient de la nature de la constitution européenne basée sur le libéralisme, c’est-à-dire la concurrence interne, source de dissension, de méfiance, de paralysie. Elle n’a pas été reconnue, de ce fait, comme un interlocuteur fiable et puissant face à des pays comme l’Inde, la Russie, la Chine , les USA.. Par défaut, on croit bon de créer « un pôle d’excellence » avec le Brésil !!
•  Seul le climat sensu stricto, température surtout, était abordé ; on n’a pas évoqué les grands fléaux dont les actions sont encore plus immédiates et dévastatrices : la famine, le manque d’eau, la pollution, la pauvreté et les migrations humaines associées, les maladies émergentes ; tout cela a un rapport plus ou moins direct avec le climat.
Il y a aussi des causes annexes :
•  L’inadéquation entre les orientations annoncées et les décisions prises nationalement.
•  Les médias banalisent les problèmes et saturent, lecteurs et auditeurs, d’informations allant de l’ultra catastrophisme : tout est la faute de l’homme, à « aucune raison de s’inquiéter » :l’homme n’est pas responsable, notre technologie y pourvoira.
•  La carence voulue politiquement d’un enseignement où la biologie et l’écologie scientifique sont considérées comme secondaires dans la formation citoyenne. Ce sont des disciplines de base, comme le Français ou les Maths. Il est ahurissant de penser que l’on est obligé de connaître les lois de la République et pas celles du fonctionnement et des exigences de notre propre organisme et de notre milieu de vie.
•  Le manque d’engagement du milieu scientifique pour vulgariser les connaissances. Il se base trop sur les médias incompétents et partisans, pour informer. La difficulté, le manque de temps et de moyens, sont les seules excuses.
L’association de ces trois dernières carences pousse la grande majorité des Français dans la lassitude, l’impression qu’ils n’y peuvent rien, dans l’ignorance et l’impossibilité de juger de l’importance des réformes à accomplir et de l’évolution, indispensable pour eux-mêmes, de leur mode de vie.

Le changement ne viendra pas de nos élus mais des électeurs qui changeront les élus.


 - par Georges VALLET

Credit Photo : http://www.novinite.com


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> Copenhague, décryptage
21 décembre 2009, par Marie-Anne Kraft  

Votre article est excellent. Il est bon de rappeler que d’autres fléaux tout aussi importants devraient être traités aussi au niveau mondial, comme l’accès à l’eau, la faim, les autres types de pollution, les migrations humaines, l’accès à la santé et aux médicaments. C’est ce que disait hier François Bayrou sur RFI-TV5 Monde, avec les mêmes arguments que vous, déplorant aussi que l’Europe n’ait pas parlé d’une seule voix. Il ajoutait d’autres arguments très pertinents, notamment une vision relative des émissions CO2/habitant, qui sont de 21 t pour les Etats-Unis, 6 pour la France, 4 pour la Chine et inférieure à 1 pour les pays d’Afrique. Même si en valeur absolue des émissions la Chine a finalement dépassé les Etats-Unis plus tôt que prévu, ses émissions qui restent encore deux fois moindres par habitant que celles d’un Français moyen et 7 fois moins importantes qu’un américain moyen ! Enfin, si l’on se rapporte à la contribution historique des grandes régions du monde au réchauffement climatique via leurs émissions en gaz à effet de serre de 1990 à 2000, ce sont les Etats-Unis et l’Europe qui totalisent à eux seuls près de 60% des émissions contre moins de 8% pour la Chine. Les négociations préalables auraient dû tenir compte de ces chiffres dans les objectifs à cibler. Il était évident qu’un objectif de réduction de 20% sur des chiffres en valeur absolue appliquée à tous pays qui ne partent pas du même niveau de développement paraît injuste et trop difficile à atteindre pour les pays émergents. Par ailleurs François Bayrou a aussi dit des choses très intéressantes sur sa vision géopolitique de la gouvernance mondiale, qu’il faut organiser par pôles régionaux qui parlent chacun d’une seule voix dans un monde multipolaire(Amérique latine, Afrique, Pays d’Asie du Sud Est, Europe, face à la Chine et aux Etats-Unis) plutôt qu’un monde dominé par les quelques plus fortes puissances économiques. Une représentation plus équilibrée et ainsi plus concentrée dans les ONG, l’ONU, la Banque Mondiale, l’OMC,le FMI, le BIT etc. (impossible de négocier ainsi à 130 pays !) et la vision transversale des problèmes inter-ONG(prise en compte de normes environnementale, éthique et sociale dans les négociations de l’OMC par exemple) permettraient de mieux conduire ces sujets mondiaux.

   
 
 
 
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