Yazid Oulab " Tailler la montagne " Exposition du 11 février au 2 avril, galerie de l’école supérieure des arts et de la communication de Pau Du mardi au vendredi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h
L’artiste algérien Yazid Oulab, qui vit et travaille à Marseille, construit une oeuvre polysémique et autobiographique. Nourri de spiritualité,particulièrement par la tradition soufie qu’il pratique de manière ouverte et non exclusive, Yazid Oulab s’intéresse, dans ses installations, sculptures, dessins et vidéos, à trouver le lien. Entre deux cultures, l’arabe, dont il dit qu’elle est ancrée dans la poésie, orale et basée sur l’écriture, et la nôtre, faite d’images ; entre deux origines, son père agriculteur et sa mère intellectuelle ; entre deux montagnes, les Pyrénées qu’il découvre en visite et la Sainte-Victoire au pied de laquelle il habite ... En outre, en essayant de rétablir les liens avec le passé philosophique et culturel de l’Algérie, occulté depuis la guerre de libération, il donne à son travail une tournure politique.
Dans la galerie de l’école, Yazid Oulab propose une série inédite de dessins, réalisée après sa première visite à Pau. L’artiste dit travailler ses dessins au burin et au marteau, aussi nous livre-t-il une chaîne des Pyrénées dessinée tout autant que sculptée, d’où le titre de l’exposition. Une manière de lien là également, entre les pratiques de l’ouvrier, de l’immigré par exemple, et celles de l’artiste ou d’une certaine tradition culturelle. Mais aussi lien entre le ciel et la terre, métaphore de la création, c’est-à-dire de l’incarnation du verbe.
Yazid Oulab présente également une oeuvre au mur, réalisée en fer barbelé, à l’instar de celles conçues lors de son séjour à l’atelier Calder en 2009. Ici, deux mains encadrent des mots, « langage », mythe »(...), en référence à Roland Barthes. L’artiste transforme le fil barbelé, outil pour la séparation et l’enfermement, en lien . Ce matériau qui nous renvoie au conflit et à la torture, il l’adoucit et le domestique.
Le souffle du récitant comme signe, vidéo magistrale de 2003 qui figurait dans « Traces du Sacré », au Centre Georges Pompidou en 2008, est assu présente dans l’exposition à Pau. On y entend des récitants soufis psalmodier une sourate pendant qu’on voit les volutes de fumée de quatre bâtons d’encens dessiner des arabesques mouvantes. Parlant de cette sourate du Coran, Yazid Oulab dit qu’elle est pour lui l’une des plus belles. « Elle rassemble le “halif ”, le “lem” et le “mim”, qui sont la transcription de la ligne, de la courbe et de la sphère. C’est la “sourate dédiée à Marie” qui porte en elle le verbe et lui donne forme. »
-Odile Biec, directrice
Repères biographiques : 1958 : naissance en Algérie 1985 : diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger 1992 : Diplôme National d’Expression Plastique, Ecole d’art de Marseille-Lumigny 2003 : exposition à l’Espace Electra, Paris, à l’occasion de l’année de l’Algérie 2008 : « Traces du Sacré », exposition au Centre Georges Pompidou, Paris 2009 : Résidence à l’Atelier Calder, Saché (Indre et Loire) Yazid Oulab vit et travaille à Marseille. Il est représenté par la Galerie Eric Dupont, Paris