Ours dans les Pyrénées : où se trouvent-ils aujourd’hui, comment sont-ils suivis et quelles précautions adopter en randonnée ? Voici l’état des lieux le plus récent, fondé sur les bilans officiels, ainsi que des conseils pratiques pour randonner sereinement sur l’ensemble du massif franco-espagnol-andorran.
Où se trouve l’ours dans les Pyrénées aujourd’hui
La présence de l’ours brun se concentre sur l’axe central et oriental de la chaîne, avec des indices réguliers en Ariège, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques et Pyrénées-Orientales, et des déplacements de part et d’autre de la frontière. L’aire de répartition suivie par les équipes transfrontalières est estimée à environ 7 000 à 7 200 km² selon les derniers bilans, ce qui reflète une occupation discontinue mais bien établie des vallées et massifs forestiers entre 800 et 2 000 m d’altitude environ.
Concrètement, les indices de présence (empreintes, poils, crottes, photos) se densifient dans les vallées boisées et tranquilles, avec des incursions ponctuelles sur les pâturages d’altitude en été. En début d’automne, les ours recherchent des ressources caloriques (baies, faînes), ce qui peut les rapprocher des sentiers fréquentés aux lisières des forêts.
Ce que disent les derniers chiffres officiels
Le suivi coordonné par l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Réseau Ours brun montre une progression tendancielle de la population depuis dix ans. Pour le bilan 2025 présenté aux acteurs de montagne au printemps 2026, les services de l’État en Occitanie rapportent un effectif minimal détecté de 108 individus à l’échelle du massif et une aire de répartition autour de 7 200 km². Cette métrique d’« effectif minimal » correspond au nombre d’ours distincts identifiés sur la base d’indices certains durant l’année de suivi.
Parallèlement, l’approche statistique par capture-marquage-recapture génétique (CMR) fournit une estimation de taille de population plus large, comprise en 2025 entre environ 109 et 143 individus (moyenne proche de 130). Ce double regard, comptage minimal et estimation CMR, permet d’apprécier la dynamique tout en tenant compte des ours non détectés certaines années. À noter : la répartition est transfrontalière, avec des individus détectés exclusivement en France, d’autres en Espagne ou en Andorre, et une part circulant des deux côtés de la frontière.
Comment est suivie la population d’ours
Le Réseau Ours brun regroupe environ plusieurs centaines d’observateurs multipartenaires répartis sur les six départements pyrénéens. Le protocole s’appuie sur des prospections à pied le long d’itinéraires fixes, des appareils photo/vidéo automatiques, des pièges à poils et la génétique pour attribuer les indices à des individus. Les résultats du côté français sont consolidés avec les données andorranes et espagnoles afin d’obtenir un bilan transfrontalier cohérent.
Deux types d’indicateurs sont publiés chaque année : l’Effectif minimal détecté (EMD), fondé sur les individus formellement identifiés durant l’année, et la CMR qui donne une fourchette statistique de population à partir des profils génétiques. Cette rigueur méthodologique explique les décalages possibles entre l’estimation d’une année et l’actualisation a posteriori des effectifs minimaux retenus pour l’année précédente.
Précautions de base pour randonner en zone à ours
La cohabitation est largement possible si l’on adopte des comportements prévisibles. Avant de partir, préparez votre itinéraire : privilégiez les sentiers balisés, informez quelqu’un de votre tracé et consultez les avis locaux. Partez groupés quand c’est possible et évitez de randonner à la tombée de la nuit ou à l’aube sur des secteurs très forestiers et silencieux.
Pendant la marche, signalez votre présence en parlant normalement et en gardant un rythme régulier. Rangez les aliments dans le sac, sans odeurs qui traînent. Au bivouac, cuisinez et stockez la nourriture à distance de la tente, dans un contenant fermé. Ne laissez jamais d’ordures ni de restes alimentaires : emportez tout avec vous.
Que faire en cas de rencontre
La règle d’or : éviter la surprise. Si vous tombez sur un ours à courte distance :
- Restez calme, parlez d’une voix posée et reculez lentement sans courir.
- Gardez vos distances et laissez une issue de fuite à l’animal. N’approchez pas pour « mieux voir » ni pour prendre une photo.
- Ne fixez pas l’ours dans les yeux, n’agitez pas les bras de manière brusque. Évitez tout geste interprétable comme une menace.
- Si une femelle avec oursons est présente, éloignez-vous très doucement : l’instinct de protection peut provoquer des charges d’intimidation. Tenez le cap, parlez calmement, puis mettez-vous à couvert en laissant l’ours se retirer.
La plupart des rencontres se résolvent par une fuite de l’animal. Les charges réelles sont rarissimes. L’objectif est de réduire toute situation de blocage et de minimiser le stress pour l’ours comme pour vous.
Chiens, troupeaux et secteurs pastoraux
En été, les estives concentrent troupeaux, patous et randonneurs. Pour limiter les tensions : tenez votre chien en laisse courte et restez à distance des troupeaux. Si des chiens de protection s’approchent, arrêtez-vous, parlez calmement, laissez-les vous identifier, contournez lentement le troupeau sans gestes brusques et sans courir. Évitez de traverser au milieu des bêtes, surtout avec un chien.
Dans les zones d’ours, un chien non tenu peut provoquer une interaction indésirable en allant surprendre l’animal puis en revenant vers son maître poursuivi. La conduite la plus sûre est de garder le chien sous contrôle permanent et de redescendre si vous rencontrez des signaux de stress (aboiements insistants des patous, ours repéré à distance, odeurs fortes, traces fraîches).
Quand croise-t-on le plus l’ours ?
Les observations sont plus probables au printemps et à l’automne, périodes de déplacements accrus pour l’accès à la nourriture. En hiver, les ours réduisent fortement leur activité et gagnent des sites de tanière, ce qui limite les rencontres, même si quelques individus peuvent rester partiellement actifs selon les conditions. La météo influe : en fin d’été sec, la recherche de ressources en sous-bois peut rapprocher les ours de certains itinéraires forestiers.
Signalements utiles et informations locales
Si vous observez un indice probable (poils, empreintes marquées, crottes) ou une situation à risque, notez précisément le lieu, la date et l’heure et signalez-le aux structures compétentes (parcs naturels, mairies, services de l’État) qui relayeront vers le Réseau Ours brun. Les signalements fiables et localisés aident à ajuster la prévention, l’information des usagers et l’accompagnement des éleveurs.
Avant une grande traversée, consultez les dernières informations régionales publiées au printemps pour la saison en cours. Elles récapitulent l’actualisation du bilan de population, les secteurs de vigilance et les bonnes pratiques partagées par les acteurs de montagne.
En bref : randonner sereinement en pays de l’ours
Les ours des Pyrénées sont aujourd’hui plus nombreux et mieux suivis qu’il y a dix ans, avec une présence désormais bien cartographiée sur un large couloir central et oriental. En préparant votre sortie, en vous signalant naturellement et en gardant vos distances, surtout avec un chien , , vous transformez une potentielle rencontre en simple parenthèse sauvage. Gardez en tête ce triptyque : anticiper l’itinéraire, éviter la surprise et laisser la priorité à l’animal. C’est la meilleure garantie pour profiter des sentiers pyrénéens, de la hêtraie humide au col venté, avec l’esprit tranquille.
Sources
Office français de la biodiversité (OFB) : Ours infos 2025. Rapport annuel : https://ofb.gouv.fr/doc/ours-infos-2025-rapport-annuel
Préfecture de région Occitanie : Réunion du Groupe Ours, Pastoralisme et Activités de Montagne du jeudi 23 avril 2026 : https://www.prefectures-regions.gouv.fr/occitanie/Actualites/Reunion-du-Groupe-Ours-Pastoralisme-et-Activites-de-Montagne-du-jeudi-23-avril-2026
Office français de la biodiversité (OFB) : Réseau Ours brun : https://ofb.gouv.fr/reseau-ours-brun