Abonnement à la newsletter d'A@P

Votre email :

Valider
 

 

Rousse, un pilote bien conduit...

lundi 25 janvier 2010 par Daniel Sango


A moins d’accepter de vivre en utilisant moins d’énergie, il faut trouver des solutions pour diminuer les rejets de CO2. Les grands états développés de la planète, l’Europe en tête, soutiennent des programmes de R&D. C’est dans ce cadre que se situe le pilote de Lacq, mais pas seulement. Sera-t-il riche d’enseignements ? Rien n’est moins sûr. Dans tous les cas cette expérimentation ne perturbera pas la vie des riverains.

Total, comme toutes les compagnies pétrolières, est confronté depuis de nombreuses années au problème des émissions de CO2 provenant principalement des raffineries et du brûlage du gaz associé à la production d’huile. Aujourd’hui, ces gaz sont souvent réinjectés dans le réservoir.

Avec l’augmentation inéluctable des coûts du pétrole liés au plafonnement de sa production (peak oil) l’exploitation de réserves considérables de sables asphaltiques (Canada) et schistes bitumineux (Colorado/Rocheuses) va devenir possible (autour de 100 à 150 $/Bbl). Cette production cependant nécessite des quantités de chaleur très importantes pour séparer ces "fluides". Aujourd’hui, c’est une partie importante de l’huile visqueuse produite qui est brûlée. Ce type d’exploitation ne pourra pas continuer et se développer dans ces conditions, les pétroliers le savent bien, et Total est concerné tant aux USA qu’au Canada.

La capture du CO2 est une affaire de procédé, techniquement sans grand problème, économiquement plus délicate. L’option prise par Total avec Air Liquide permettra-t-elle de diviser les coûts par deux ? Rien n’est moins sûr. Cependant toute expérience réelle fait progresser les technologies et améliore les coûts.

Reste l’enfouissement, domaine qui est toujours mystérieux à défaut d’être spectaculaire. La disponibilité de réservoirs ayant déjà produit est limitée, celle d’aquifères salins est importante, cependant chacun sera un cas particulier, et tous les spécialistes ne sont pas d’accord sur la quantité de CO2 hypercritique que l’on pourra "stocker" in fine par volume de pore, ceci pouvant rendre les opérations économiquement impossibles.

La lecture de l’excellent Dossier de Concertation : Projet Pilote de captage et de stockage géologique de CO2 dans le bassin de Lacq (Site www.total.com) donne une foule d’informations sur les objectifs et le déroulement de ce projet.

Pour un pétrolier, cette injection est banale. Il faut savoir que depuis plus de trente ans on injecte des quantités importantes de CO2 dans les réservoirs pétroliers en particulier aux USA (plus de 50 millions de tonnes en 2008) la majorité provenant de gisements de CO2. Cette technique a pour but d’améliorer le balayage du réservoir et ainsi d’augmenter sensiblement la récupération finale.

En Norvège, le champs de Sleipner produisait un gaz contenant du CO2, et la réglementation Novégienne ayant instauré des rejets payants, Statoil a réinjecté ce CO2 dans un réservoir aquifère, sans problème. Depuis que l’industrie pétrolière existe on injecte en quantité, de l’eau, du gaz associé, dans les réservoirs.

Au niveau de la subsurface, les enseignements a tirer de ce pilote seront, comme le volume injecté, limités. On connaît depuis longtemps les difficultés liées à l’utilisation de sondes de fond à forte profondeur. Elle ne permettra pas non plus une utilisation 4D de la sismique comme à Sleipner, mais la modélisation de l’évolution des fluides dans le réservoir restera un exercice instructif.

Le réservoir de Rousse, situé à 4500m de profondeur n’est pas quelque chose de fragile...Il faut dire qu’à cette profondeur, avec le poids d’une telle hauteur de roches, il y a peu de place pour du vide... La porosité et la perméabilité sont faibles, ce "réservoir" ressemble à une borne kilométrique ou aux pierres des murs de votre maison.... Par ailleurs la pression qui règne dans ses pores est aujourd’hui très faible environ 30 bars, alors qu’initialement la pression qui y régnait était de près de 480 bars. En fin d’injection, la pression sera seulement remontée à 70 bars. Il est recouvert par une épaisseur de 2 km de schistes imperméables, tout aussi compactés, et cette configuration a résisté et résistera encore sans broncher aux milliers de séismes depuis des dizaines de milliers d’années.

Il faut rajouter que le gisement initial comportait 4% de CO2, rendant tout risque d’interaction physico-chimique quasi nul.

Et pourtant, certains riverains semblent avoir des craintes, et s’opposent au projet.

Ce qui est le plus cocasse, c’est qu’ils viennent de passer les quarante dernières années à proximité d’une installation bien plus dangereuse. La production d’un gisement de gaz haute pression contenant de l’H2S hautement toxique, est certainement pour un pétrolier (et pour un riverain) l’exploitation la plus dangereuse.

Les anciens de SNPA seraient navrés par cette situation, ils n’auraient jamais pu développer les champs de Lacq, Meillon ou Saint Faust...

Pourquoi faut-il que certains béarnais aient une telle suspicion envers les ingénieurs et techniciens d’une société qui a toujours été parmi les plus compétentes au plan mondial et qui a fait ses preuves depuis 50 ans sur notre territoire ?

par Daniel Sango


[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 
 
 
Votre commentaire



> Rousse, un pilote bien conduit...
27 janvier 2010, par Carola  

Il nous faudra de toute façon accepter de consommer moins d’énergie et repenser notre rapport à l’énergie dans nos manières quotidiennes de vivre. On n’en fera pas l’impasse ! Total et d’autres, ne règleront pas le problème sans une co-responsabilité individuelle car les industries polluantes produisent pour chacun de nous en bout de chaîne....

La seule chose qu’on puisse leur reprocher, et c’est leur responsabilité majeure, c’est d’avoir occulté le phénomène parce qu’il y avait beaucoup trop de profits à la clef de ce circuit.

Bref, le présent est ce qu’il est, et c’est le partage de l’inconséquence qui se profile !

Nous aussi côté consommation, il serait temps qu’on bouge ! Que ceux qui ont acheté des haricots verts du Kenya vendus au mois de janvier à Auchan dans un emballage en plastique révisent le prix du haricot en unité CO2....(par exemple) Et qui sait, il y aura peut-être un CO2 de haricot enterré aux Rousses...

J’abuse de la topologie algébrique mais il faut bien se représenter les phénomènes invisibles !

Il n’y aura plus assez de place sur la planète pour éliminer les déchets et si on vise à les enterrer, c’est qu’il n’y a déjà plus assez de place ! Mesdames, Messieurs les ingénieurs, on a peur de vos pilotes mais on vous suit. Vous comprendrez que notre confiance soit méchamment entamée !

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Marc  

    "Que ceux qui ont acheté des haricots verts du Kenya vendus au mois de janvier à Auchan dans un emballage en plastique révisent le prix du haricot en unité CO2...."

    Vous avez quelque chose contre les paysans kenyans ?

    "J’abuse de la topologie algébrique mais il faut bien se représenter les phénomènes invisibles"

    Alors là je cale ! Merci de l’explication de texte sur la topologie algébrique.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Maximo  
    pour moi aussi, la toplogie algébrique, c’est un phénomène invisible smiley

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Marc  
    Je crains hélas, cher Maximo, que nous ne sachions jamais de quoi il retournait en matière de topologie algébrique... C’est bien dommage. smiley

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par pehache  

    Vous avez quelque chose contre les paysans kenyans ?

    Rien du tout, mais c’est parfaitement aberrant de faire venir de 5000 ou 10000km des fruits ou des légumes que l’on a en saison ici. On vit dans un luxe qui devient imbécile.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Marc  
    Cela n’a rien d’aberrant. Ce qu’on appelle les "légumes de contre-saison" représente une source essentielle de revenus pour la paysannerie du tiers monde, notamment au Sahel et en Afrique de l’Est.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par pehache  

    Combien touche le paysan kenyan pour votre kg de haricots au DDT payé 2€ chez Auchan ? 1 centime ? 2 centimes ?

    Combien de litres de kérosène brûlés pour votre kg de haricots kenyans au DDT ?

    Votre kg de haricots kenyans ne serait-il pas plutôt "une source essentielle de revenus" pour les pétroliers et les transporteurs aériens ?

    Justifier la gabegie énergétique entrainée par ce genre de conconsommation, par le soit-disant bien-être des paysans kenyans, il faut le faire...

    Par principe je n’achète que des fruits et légumes de saison, et dans la mesure du possible directement aux producteurs (carreau des halles). Et à aucun moment de l’année je m’ennuie avec ce que je mange. L’hiver je profite des potirons, l’été des courgettes.

    J’avoue faire une exception pour les fruits qui ne poussent pas chez nous de toutes façons (oranges, bananes,...) : exception que je n’essaie de toutes façons pas de justifier par le bien-être du planteur ivorien.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Marc  
    Et n’oubliez pas de vivre tout nu et de n’acheter ni jouets ni TV, ni radio ni rien du tout car presque tous vos vétements et tous les équipements de la maison sont fabriqués en Chine (y compris le serveur d’A&P qui devrait donc fermer).... Et jamais de fleurs à votre épouse, sauf celles de votre jardin.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par pehache  

    Vous n’avez pas répondu à mes questions, Marc...

    Pour le reste je déplore qu’il soit devenu très difficile en pratique d’acheter des produits manufacturés qui ne viennent pas de l’autre bout du monde.

    Pour les fruits et légumes, cette difficulté n’existe pas et il y a peu d’excuses à ne pas acheter ce qui est produit "localement".

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par claudiqus  

    il y a peu d’excuses à ne pas acheter "local "

    à part celle de la surconsommation réservée à nos surpopulations nanties !

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Marc  

    "Vous n’avez pas répondu à mes questions, Marc..."

    Cher Pehache, je ne mets pas en doute vos connaissances, mais je crains que vous ignoriez le poids économique des cultures de contre-saison et de la production de fruits de légumes et de fleurs non seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine et en Asie.

    Si ces productions, dans lesquelles d’énormes investissements ont souvent été faits, devaient disparaître, ce sont des pans entiers de l’économie de pays souvent très pauvres qui s’effondreraient. Le Sénégal, le Mali, le Niger en sont de bons exemples. Le fait que les sociétés de commerce international profitent également de ce marché ne change rien à l’affaire.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par pehache  

    C’est vrai que c’est une autre façon, séduisante, de voir les choses...

    Après tout, foin de mes états d’âme. Faisons bombance de haricots kenyans à 2 litres de kérosène le kg de haricots, c’est bon pour le paysan kenyan !

    Et d’ailleurs, pourquoi diable économiser le pétrole ??? Si je restreins ma consommation je risque de jeter dans la misère les travailleurs angolais ou nigérians qui extraient l’or noir. Inacceptable ! Dorénavant je chaufferai en ouvrant mes fenêtres, en pensant à eux.

    De même, je réalise aujourd’hui mon fourvoiement quant à mes réserves sur le commerce des armes de guerre : comment vivraient les ouvriers des arsenaux si nous ne fournissions pas de quoi s’entretuer à la terre entière ??? Je pose la question !

    Et tous ces déchets industriels et domestiques que nous envoyons dans les pays pauvres : bien sûr ils s’intoxiquent avec, mais ils en vivent !!! Ce serait criminel de les en priver ! Il faut au contraire consommer plus pour leur en envoyer encore plus ! Quel idiot je fais avec mon PC de 7 ans, je ne me rendais pas compte que je privais un indien de matériaux à recycler... Dorénavant ce sera un PC par an !

    Merci Marc de m’avoir ouvert les yeux.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par Carola  
    Je suis comme vous Pehache, je viens de prendre une leçon de lucidité. smiley

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    27 janvier 2010, par claudiqus  

    et ...

    d’économie mondiale, de surcroit ... smiley

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    28 janvier 2010, par Carola  
    ...une leçon d’économie mondiale ? pas pour moi. C’est de l’écologie humaine...

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    28 janvier 2010, par Marc  
    Eh bien oui. Rien n’est simple voyez-vous. L’exemple des cultures de contre-saison est une bonne illustration des difficultés à trouver un accord sur les émissions de CO2 qui tienne compte des intérêts de toutes les parties, et respecte ce que la Chine et d’autres pays appelent leur "droit au développement". Bien à vous.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    28 janvier 2010, par pehache  

    Il n’y a aucun rapport entre les "cultures de contre-saison" à l’autre bout du monde et les difficultés à trouver un accord sur le CO2.

    On n’a pas de prise réelle sur ce que les chinois ou les kenyans veulent faire chez eux pour leur droit au développement.

    Par contre le choix de consommer ou non des haricots du kenya en hiver appartient à nous, et rien qu’à nous.

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    28 janvier 2010, par Marc  
    Ne disposant ni de la patience ni de la persévérance de Bruno, je m’en tiendrais là. smiley

  • > Rousse, un pilote bien conduit...
    28 janvier 2010, par le coq  
    éviter les lucioles

    Carola...Les donneurs de leçons sont toujours pleins d’idées ...pour les autres. Je pense que dans le cadre du développement écologiques et des consommations, il faut revenir à la nature et donc : 1 - interdire le maquillage des femmes et tous soins de confort dont la finalité ne soit pas essentielle. Ainsi, moins captives pour le Mâle Supérieur, elles perdraient moins de temps à dire des conneries et de plus elles feraient réduire la démographie pour le bien de tous. 2 - Il faut s’arranger pour qu’elles ne puissent pas vivre plus vieilles que les hommes au titre de l’égalité hommes/femmes, luttes gagnées difficilement. 3 - Il faut les inviter à ne dire que des choses sensées comme les hommes et moi en particulier ainsi elles devraient garder le silence les deux tiers du temps (le troisième étant réservé pour le sommeil). Ouf. Dur et con à la fois ? Non.... Ecoutez Bachelot, Aubry, Ségolene, Carlitéra, et bien d’autres chochottes...vous ne pouvez pas me contredire. Bisou OGM dans le mauvais axe de progrès.

  •    
     
     
     
    Les rubriques d’A@P
    Citoyenneté
    A compte d’auteurs
    "Arpenteurs sans limites"
    "Les sorties de Michou"
    "Un samedi par semaine - tome 2"
    "Un samedi par semaine - tome I"
    Au ras du bitume
    Enquêtes
    Evasion
    Maréchaussée Paloise
    A@P.com
    Courrier d’e-lecteurs
    Hommes et femmes d’ici !
    Opinion
    Portraits, Entretiens
    Tribune Libre
    Humeurs
    La Charte d’A@P
    Le défouloir !
    Les cartons
    Les cartons mi-figues mi-raisins
    Les cartons rouges
    Les cartons verts
    Les Nouvelles Pratiques Municipales (NPM)
    Vu dans la presse
    ”Les Causeries d’A@P”
    Détente
    Loisirs
    Spectacles
    Economie
    Aéroport Pau-Pyrénées
    Enjeux
    Enjeux environnementaux
    Enjeux européens
    Enjeux sociétaux
    Grand Pau
    Lescar
    Billère
    Gan
    Gelos
    Idron
    Jurançon
    La CDA Pau-Pyrénées
    Lons
    Point de vue
    Grands projets
    "LGV des Pyrénées" : la desserte du Béarn et de la Bigorre
    BHNS (Bus à Haut Niveau de Services)
    Le "Pau-Canfranc", la Traversée Centrale des Pyrénées
    Nouveau complexe aquatique de Pau
    Nouvelle voie routière Pau-Oloron
    Nouvelles Halles de Pau
    Pau
    Du Côté des Quartiers
    La vie
    Une idée pour la ville
    UPPA
    Politique
    Forums des Partis
    Politique locale
    Politique régionale et nationale
    Territoires
    Aragon
    Béarn
    Bigorre
    Espagne
    Europe, Monde
    Pays Basque, Euskadi
    Pyrénées
     
       
     
      Envoyer à un ami
    Destinataire  :
    (entrez l'email du destinataire)

    De la part de 
    (entrez votre nom)

    (entrez votre email)



    [ Imprimer cet article ]
     


     
    Autres articles

    France - Exporter : l’urgence nationale
    Séparation ?
    UPPA - Ouï à l’I.A.E.
    Un accord historique
    Laurence Parisot et le Medef pour la fin de l’acier en France ?
    Soficar : Un monument du territoire
    Les faiseurs d’affaires
    Un appel de l’Amicale des Foreurs et des Métiers du pétrole
    Grand Pau - "Et le chômage, bordel !"
    Hydrocarbures : Halte aux cassandres , produisons français !
    Coup de fourchette : Les « Maîtres Restaurateurs en Béarn et Soule »
    L’Argentine n’est pas la Grèce
    Crise économique : L’exemple argentin
    Compétitivité des entreprises à Pau : les conséquences d’Idélis
    T.V.A. et T.N.T.
    Energie peu chère, c’est fini !
    L’homéopathie peut-elle soigner la France ?
    TVA et Traviata
    Rigueur et rigueur
    Des Européens bien naïfs



    [ Haut ]
     

    Vous pouvez afficher les publications de Altern@tives-P@loises sur votre site.

    Site mis en ligne avec SPIP | Squelette GNU/GPL disponible sur © bloOg | © Altern@tives-P@loises