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Myriam ANNETTE

lundi 30 août 2010 par Bernard Boutin


"Allo, ça va ? Moi, je vais très bien. J’ai eu de la chance. Autour de moi, c’est le chaos..."

Un petit rien. Un simple appel et toute une famille est soulagée. Plus de 10,500 appels ont été passés depuis Haîti après le tremblement de terre, 765 heures de communications offertes et 218 GO de transmissions internets fournies aux travailleurs humanitaires. Télécom Sans Frontières fait un travail remarquable. Une goutte d’eau diront certains. Les "petites rivières ONG ne forment-elles pas de grands fleuves" ?

L’humanitaire, c’est cela. Du cas après cas. Des familles soulagées les unes après les autres. Il faudrait faire plus, beaucoup plus. A chacun de voir comment épauler TSF. Rencontre avec Myriam ANNETTE, coordinatrice communication, autour des "coulisses" d’une ONG. De la logistique, beaucoup de logistique.

Alternatives Paloises - Quelle est la mission principale de Télécoms Sans Frontières ?
Myriam Annette - Télécoms Sans Frontières (TSF), première ONG spécialisée dans les télécommunications d’urgence, intervient sur les terrains de crises humanitaires. TSF établit des connexions (internet, téléphonique, fax) au cœur des zones frappées par les guerres, les catastrophes naturelles, ou autres désastres, au bénéfice des travailleurs humanitaires et des populations affectées. Les centres télécoms d’urgence que nous installons mettent à disposition des acteurs de l’urgence des connexions haut débit et tout l’équipement informatique nécessaire au fonctionnement d’une cellule de crise. En parallèle, TSF mène des opérations de téléphonie humanitaire : nous offrons aux populations affectées des appels gratuits vers la destination de leur choix.
La structure actuelle de TSF - trois bases opérationnelles sur trois continents, au Nicaragua, en France et en Thaïlande - est optimisée pour assurer une couverture et une veille mondiales 24h/24, 7j/7. Dès l’annonce d’une catastrophe, nos équipes peuvent intervenir n’importe où dans le monde en moins de 24 heures.

Je voudrais ajouter qu’en situation d’urgence humanitaire, la communication est une absolue nécessité, au même titre que l’apport d’eau, de nourriture, de soins ou d’abris. Pouvoir communiquer au cœur de la crise, de manière rapide et fiable, n’est pas un luxe ; cela est essentiel pour sauver des vies. Lors d’une catastrophe, notre premier instinct est de contacter ceux qui nous sont proches pour leur donner des nouvelles - mais comment, quand il n’y a pas de téléphones ? Et comment coordonner l’aide humanitaire sans Internet ? Chaque minute compte pour venir en aide aux survivants. Si, comme cela arrive souvent, les infrastructures de télécommunications sont endommagées (lignes terrestres coupées, antennes GSM endommagées et/ou réseau GSM saturé), les opérations de secours ralentissent de façon dramatique. Rétablir les liens de communications est crucial et Télécoms Sans Frontières (TSF) joue ce rôle à travers le monde.

Alternatives Paloises - A quel moment êtes-vous avertis d’une catastrophe et quand décidez-vous de partir ?
Myriam Annette - Nous recevons l’alerte sur nos mobiles ou par email dans les minutes qui suivent la catastrophe. La décision de partir est prise très rapidement, par Monique Lanne-Petit et Jean François Cazenave, Directrice et Président de TSF, en concertation avec le Chef des Urgences, Clément Bruguera et le chef de la base concernée (Managua, Bangkok).
Dès les premières heures, nous nous coordonnons avec les Nations Unies et la Commission européenne. Une première évaluation des besoins est réalisée à partir des bases et/ou du siège international basé à Pau. Une décision de partir est prise si les premières analyses montrent qu’il y a un besoin télécom.
Des agences des Nations Unies peuvent également solliciter officiellement notre soutien. Notre mandat international est reconnu par l’ensemble de la communauté humanitaire. TSF est partenaire d’OCHA (Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires) et d’UNICEF depuis 2006 et a été désigné « Premier Intervenant » au sein du Cluster en Télécommunications d’Urgence des Nations Unies.
Pour l’exemple, nous étions à Haïti, en provenance de la base de Managua au Nicaragua, 24 heures après le tremblement de terre du 12 janvier. Des renforts ont été envoyés depuis le siège de Pau et sont arrivés le 15 janvier. En tenant compte des volontaires haïtiens que nous avons recrutés sur le terrain, notre présence est rapidement montée pour atteindre le chiffre de 38 personnes.

Alternatives Paloises - Qui va en fait sur place ?
Myriam Annette - Des salariés et volontaires. Nous sommes tous déployables. Nous sommes 18 salariés et environ 40 volontaires régulièrement formés au niveau des bases et du siège. Plusieurs fois par an, nous organisons en effet pour eux des formations télécoms et informatique. Les techniciens et ingénieurs de TSF sont experts dans le domaine des communications satellitaires et terrestres. Ils sont donc capables de déployer en quelques minutes, en situation d’urgence, des infrastructures réseaux et télécoms grâce à des équipements satellites. Ces volontaires sont rémunérés à la mission. Nos équipes sont prêtes à intervenir sur le terrain en quelques heures, 24h/24, 7j/7. Elles sont parmi les premières à arriver sur place.

Alternatives Paloises - Quelles sont les principales motivations des salariés basés à Managua, Bangkok et Pau ?
Myriam Annette - Apporter un soutien aux populations les plus démunies et aux acteurs de l’urgence dans leur domaine d’expertise, les télécoms.
L’équipe est très jeune, composée notamment d’étudiants ou de jeunes diplômés qui viennent de sortir de leurs cycles technologiques. Le recrutement de ces jeunes, au fait des dernières connaissances technologiques, est une valeur ajoutée pour TSF. En retour, TSF, partenaire des plus grands opérateurs mobiles et satellites, leur permet d’acquérir un savoir-faire technique sur des technologies de pointe.
Ce sont des jeunes motivés par l’action humanitaire qui préfèrent commencer leur carrière par des expériences qui vont au-delà des normes. Peut-être qu’en choisissant des études informatiques ou télécoms, ils n avaient jamais pensé faire de l’humanitaire. TSF leur a permis de découvrir que leur profil était un élément essentiel pour l’aide humanitaire.

Je rajouterais que nos équipes sont mixtes, formées de jeunes diplômés et de personnes ayant une expérience de l’expatriation. Tous ont cette passion pour l’action l’humanitaire et les nouvelles technologies.

TSF est entre autres partenaire de l’IUT de Mont-de-Marsan, de Télécom Sud Paris et de l’Asian Institute of Technology à Bangkok. Dans le cadre de ces partenariats, leurs étudiants peuvent intervenir pour TSF.

Alternatives Paloises - Cela n’est pas difficile pour eux quand on arrive dans un pays où tout est dévasté ?
Myriam Annette - Il faut s’oublier, autrement il vaut mieux rentrer chez soi ! Il y a des besoins, des priorités avec des populations bien plus mal loties que soi-même. Nous rencontrons des personnes qui ont tout perdu et qui ont une très grande humilité. Il s’agit de travailler efficacement pour leur venir en aide. Nous recevons une formation avant départ qui demande une préparation personnelle.

Alternatives Paloises - Les Nations-Unies n’ont pas leur propre organisation pour coordonner les actions des ONG !
Myriam Annette - Oui bien entendu, comme je le disais précédemment, OCHA est le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies. La coordination recouvre la coordination des secours et des distributions des différentes aides humanitaires : nourriture, eau, médicaments, abris, etc. Notre mandat est de renforcer la coordination des secours et leur capacité de réponse sur le terrain, en installant des connexions internet et téléphoniques fiables et rapides, et en apportant un soutien technique continu aux travailleurs humanitaires.
Depuis 1998, TSF a soutenu plus de 550 organisations humanitaires et des centaines de milliers de victimes.
La durée moyenne d’un déploiement est de 45 jours, jusqu’au rétablissement des réseaux locaux de communication, ou jusqu’à ce que le relais soit passé aux services des Nations Unies. En moyenne, TSF est déployé 325 jours par an.

Alternatives Paloises - Quelle est la principale contrainte technique que vous connaissez ?
Myriam Annette - L’approvisionnement en électricité pour faire fonctionner nos équipements. Souvent, lors des catastrophes les lignes électriques sont coupées. Mais nous trouvons toujours des solutions, en utilisant par exemple des batteries de voitures ou en nous procurant des générateurs.

Alternatives Paloises - Quel est le statut de TSF et d’où viennent vos partenaires ?
Myriam Annette - Nous sommes une association loi 1901 créée le 3 juillet 1998 par Monique Lanne-Petit et Jean-François Cazenave. Nous sommes financés par des entreprises de télécommunications internationales (opérateurs mobiles et satellites), par des fondations, des institutions et des collectivités (Europe, Région Aquitaine et CDA-PP). Il faut rappeler que bien évidemment nos prestations sur place sont gratuites pour les populations et les humanitaires.
Rappelons aussi que TSF est une ONG, Organisation Non Gouvernementale. Nos fonds propres nous garantissent une indépendance et une rapidité de déploiement. Nos opérations sont financées par nos partenaires. Nous leurs assurons en retour une solide politique de visibilité, de communication. Nous leur adressons des rapports en provenance du terrain, des photos et vidéos, des revues de presse. 

Alternatives Paloises - Comment se construit votre budget de fonctionnement ?
Myriam Annette - Le budget annuel de TSF est de 1 200 000 euros. Celui-ci peut être revu à la hausse en cas d’interventions d’urgence pour lesquelles des institutionnels ou des partenaires privés font des donations exceptionnelles. Comme celles, récentes, de la Région Aquitaine, du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, de la Communauté des Communes de Lacq, des mairies de Billère, Mourenx et Lee pour la mission de TSF en Haïti. 18% de notre budget global viennent financer les coûts de fonctionnement du siège international de TSF et des bases régionales de Bangkok et Managua.
De la même manière que les entreprises pharmaceutiques et agroalimentaires soutiennent les ONG qui œuvrent dans leur domaine d’activité, les entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies ont un rôle important à jouer en soutenant une ONG comme Télécoms Sans Frontières.

Alternatives Paloises - La technique est très importante chez TSF...
Myriam Annette -Face à des enjeux mondiaux de plus en plus pressants - changement climatique, réduction énergétique, déplacements accélérés de populations, accès à la santé - TSF se met au service des populations les moins privilégiées, dans les régions les moins connectées du monde. A travers notre Département de veille technologique, nous cherchons les solutions les plus adaptées aux besoins sur le terrain. En effet, les technologies de l’information et de la communication offrent une gamme importante de services que nos équipes peuvent appliquer en situation d’urgence.
Nous testons aussi du matériel de télécommunications pour le compte de nos partenaires. Un équipement qui fonctionne bien en pleine crise humanitaire fonctionnera bien quand il se retrouvera sur le marché.

Il faut savoir que nous payons nos communications tout comme notre matériel d’où l’importance de cette veille et de la recherche d’une certaine optimisation.

Alternatives Paloises - Vous avez d’autres domaines d’activité en dehors des urgences...
Myriam Annette - Au-delà des urgences, TSF s’implique aussi dans des programmes de coopération à long terme, comme la mise en place de centres télécoms communautaires au bénéfice des populations locales, et le soutien à des projets de développement et de prévention existants, en collaboration avec des acteurs de multiples secteurs (santé, agriculture, éducation...).

Par ailleurs, TSF organise des programmes de formation aux télécommunications d’urgence auprès des autres ONG internationales et des agences gouvernementales de réponse aux désastres. Dans le cadre des programmes dédiés aux agences gouvernementales, en plus des formations, des kits d’urgence conçus par TSF sont fournis aux bureaux de coordination régionaux, impliqués dans la réponse à l’urgence. Constitués d’équipements télécoms satellites et informatiques, et intégrant des sources d’alimentation, ces kits permettent aux différents bureaux, si les infrastructures locales de communication et d’électricité ont été endommagées lors de la catastrophe, de rester connectés entre eux et avec la capitale, et de se coordonner avec l’agence centrale.
Pour exemples, nous avons conduit de tels programmes de post-urgence aux Philippines, suite aux typhons dévastateurs de Septembre 2009, au Chili après le tremblement de terre de février, et nous nous apprêtons à renforcer les capacités d’organismes nationaux haïtiens. TSF se déploie donc pour répondre à la première urgence, mais nous sommes de plus en plus sollicités pour mettre en place des programmes de prévention aux catastrophes.
Transférer notre savoir-faire et nos compétences techniques, former les acteurs de l’urgence à l’utilisation des technologies satellitaires et de l’information dernière génération et à leur déploiement, les former à être autonome et à savoir répondre à n’importe quelle problématique télécom en situation de crise, de façon adaptée et efficace, est pour nous essentiel. L’objectif est que les acteurs de l’humanitaire optimisent leurs interventions auprès des populations affectées.

Alternatives Paloises - Concrètement à l’instant, où est présent TSF en mission ?
Myriam Annette - Au Pakistan avec deux expatriés et 16 volontaires locaux. Nous sommes au Nicaragua où nous formons actuellement 25 organismes de l’urgence de 10 pays d’Amérique Latine aux technologies de l’information et de la communication. Ce programme est financé par la commission européenne. Nous soutenons également depuis 2003 au Nicaragua des projets de solidarité et de développement, en collaboration avec des structures locales.
Nous sommes en Haïti où nous préparons le programme mentionné ci-avant de post-urgence, financé par la Région Aquitaine.
TSF est aussi présent au Burkina Faso, au Niger et à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie.
Tandis que ces programmes incluent des plans de formation et de gestion partagée afin de renforcer les capacités locales, des mesures sont prises pour assurer la durabilité de chaque initiative comme un moyen de développement des communautés locales. 

- Propos recueillis par Bernard Boutin

Le site de Telecoms Sans Frontières : http://www.tsfi.org/
Les principaux partenaires de TSF :
Industriels : AT&T, Inmarsat, Eutelsat, Vizada, Cable & Wireless worldwide, Fondation Vodafone, PCCW Global
Institutionnels : Fondation des Nations Unies, ECHO (Service d’Aide Humanitaire de la Commission européenne), Région Aquitaine, CDA-PP, IT CUP


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