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ALMA, comme allô maltraitance.

lundi 25 octobre 2010 par Joël BRAUD


Le 15 septembre dernier, sur le forum d’Alternatives Paloises, un lecteur abordait le sujet de la maltraitance des personnes âgées. Le cas évoqué était particulièrement douloureux. Nous avons voulu fournir en guise de réponse une information sur une association qui se consacre à la lutte contre ces pratiques. Philippe GUILLAUMOT, gérontopsychiatre, président d’ALMA répond à nos questions.

Alternatives Paloises : Docteur, vous êtes président de l’association ALMA, pouvez-vous nous dire ce que signifie ce sigle ?
Philippe GUILLAUMOT : ALMA veut dire « Allô Maltraitance des Personnes âgées et/ou Personnes handicapées », c’est le sigle d’une Fédération nationale d’écoute téléphonique pour les problèmes de violence à cette catégorie de personnes.

A@P : Depuis quand existe cette association dans le département et à l’initiative de qui a-t-elle été créée ?
Philippe GUILLAUMOT : Cette association dans le département est née au fond de plusieurs initiatives. D’abord une incitation de l’Etat par un texte en 2007 dont se sont saisi le Département et la DDASS pour décider de promouvoir une antenne ALMA. Cette question a toujours été inscrite dans les schémas gérontologiques départementaux d’ailleurs.
Par ailleurs, existait sur place tout un travail et un mouvement au sein du comité de pilotage de l’aide aux victimes rattaché à la Préfecture qui intégrait la question des personnes âgées. C’est d’ailleurs ce partenariat qui réunissait l’APAVIM (Mme Nicole TERCQ, Directrice), la Faculté de Droit (Prof. Robert CARIO), et le Pôle de gérontopsychiatrie (moi-même) qui ont organisé les Assises de l’INAVEM à Pau en 2001, dont la thématique était la « Victimisation des Aînés » qui a fait l’objet de la publication d’un livre, sous ce titre, chez L’Harmattan.
Par ailleurs, le travail de réseau entrepris de longue date vers les années 1988 avec les acteurs sociaux de terrain, particulièrement le CCAS de Pau, les travailleurs sociaux de la Mutualité Sociale Agricole et les Infirmières des Maisons de la Solidarité Départementale avec l’Equipe mobile de gérontopsychiatrie fournissaient un terrain propice à une réflexion continue sur cette thématique.
L’Association a officiellement été créée fin 2007 et on retrouve de nombreuses personnes qui travaillent dans ce champ depuis longtemps au sein même de l’association, et d’autres se sont rajoutées bien sûr.

A@P : Vous-même êtes médecin spécialiste, quelles sont vos spécialités et en quoi elles facilitent votre action en faveur de l’association ?
Philippe GUILLAUMOT : Ma spécialité effectivement est celle de Psychiatre et depuis maintenant une bonne vingtaine d’années dans le champ de la Personne âgée qu’on appelle Gérontopsychiatrie, bien que la spécialité n’existe pas officiellement en France.
Ces spécialités nous confrontent d’abord aux pathologies mentales ou souffrances psychiques des Personnes âgées qui sont des facteurs majeurs de vulnérabilisation. Elles nous confrontent aux questions de dépendance comme les gériatres, qui, de ce fait, nous amènent à travailler non seulement avec un patient mais avec tout un environnement familial et de réseaux qui participent à les aider, que j’appelle le « village-réseau ».
Enfin, nous avons pris depuis longtemps l’option de la guidance des familles ce qui nous permet de travailler dans le champ de la possible violence intrafamiliale qui parfois traverse plusieurs générations.

A@P : Comment fonctionne ALMA ? Quelle est sa composition ?
Philippe GUILLAUMOT : ALMA fonctionne avec quatre entités, un Conseil d’Administration comme pour toutes associations où les représentants tutélaires sont membres de droit, un Comité Technique de Pilotage qui a vocation à associer le maximum de partenaires qui se sentent concernés à ce mouvement de pratiques et de réflexions. Il vise à réunir les acteurs environ une fois par an sur des thématiques que nous cherchons à préciser régulièrement.
Enfin, le cœur du travail se fait avec deux types d’acteurs, les Ecoutants, et les Référents. Le principe d’ALMA est une double écoute téléphonique où il s’agit essentiellement de faire préciser la problématique à l’appelant, ce qu’il a déjà fait pour essayer de la résoudre, les personnes qui sont impliquées dans cette problématique, dans un sens ou dans un autre, les ressources autour, la vision du problème par l’appelant, etc.
Cela fait l’objet de l’ouverture d’un dossier écrit qui va être transmis aux Référents qui sont deux autres intervenants qui vont, en association avec les Ecoutants, essayer de formaliser cette problématique et les pistes possibles à suggérer aux Appelants, quand ceux-ci sont capables d’avancer eux-mêmes pour résoudre leurs problèmes, ce qui est notre philosophie, mais il est parfois nécessaire de s’ériger en intervenant, par exemple en déclenchant un signalement du côté de la justice ou des Tutelles, quand les gens sont trop isolés, sans ressource autour, et dont les faits sont graves et urgents, sans vérification possible par téléphone.
Chaque mois, Ecoutants et Référents se réunissent pour reprendre et discuter les dossiers difficiles des situations et définir le rôle des uns et des autres.
Il faut bien comprendre que ces violences sont des problèmes complexes, qu’il y a plusieurs portes d’entrée pour les comprendre, se les représenter et tenter de les résoudre, d’où la nécessité de cette approche pluridisciplinaire essentielle.

A@P :De quels horizons sont les Bénévoles ?
Philippe GUILLAUMOT : Les Bénévoles sont, pour moitié environ, des personnes anciennes professionnelles retraitées ou des professionnelles encore en action, mais aussi quelques jeunes étudiants qui découvrent ce domaine. Les racines professionnelles sont multiples, depuis les Services de Police, les Mandataires de Justice, les Soignants, Infirmières, Responsables de SIAD, des Médecins, Gériatres, Médecins de Pôle Gérontologique, Psychiatres, des Travailleurs Sociaux aussi beaucoup dans le champ de la sphère agricole, ou des CCAS, tous travaillant dans le champ des personnes âgées ou handicapées, des Secrétaires, d’anciennes Infirmières, etc.

A@P : Les maltraitances au préjudice des personnes âgées existent. Quelles sont les formes le plus souvent rencontrées ?
Philippe GUILLAUMOT : Il n’est pas rare que les maltraitances sur personnes âgées soient associées selon plusieurs modalités, les maltraitances psychologiques, financières, sont importantes, peut-être plus que physiques ou sexuelles. Il y a aussi beaucoup de négligences, ou de non respect des droits et des libertés habituels.

A@P : Dans quel milieu ou structures se rencontrent le plus souvent ces maltraitances ?
Philippe GUILLAUMOT : Il n’y a pas de milieu de prédilection. Elles peuvent survenir un peu partout, mais classiquement on distingue le domicile, des institutions médicosociales où le positionnement et les recommandations de l’Etat sont différents. Il y a une organisation très précise de l’évaluation et des surveillances des institutions médicosociales où l’Agence Régionale de Santé a un rôle important en partenariat avec le Président du Conseil Général, les services du Procureur. Pour le domicile, les choses sont souvent plus complexes et moins organisées, il reste encore beaucoup à faire pour modéliser cette question. Je pense qu’ALMA peut et a vocation à aider à ce sujet.

A@P : Quels sont les moyens dont vous disposez pour faire cesser ces maltraitances ?
Philippe GUILLAUMOT : La première étape du travail d’ALMA entre ses membres et avec les Appelants est un travail réflexif pour essayer de mieux comprendre le phénomène de violence qui émerge là. Cette compréhension, la plus large possible, automatiquement donne des pistes de solution.
La 2ème question qui se pose alors est de savoir si les Appelants sont à même et en situation de mettre en œuvre les solutions qui vont permettre que cesse le phénomène de maltraitance ou non.
En fonction de la gravité de la situation, de son degré d’urgence et du degré de danger, évidemment, l’association peut être à même de s’orienter vers la saisine des services du Procureur ou des Tutelles des Etablissements, de manière excessivement rapide. A noter que nous sommes en contact avec la Vice-Procureur pour un certain nombre de dossiers et qu’il lui est arrivé de venir à nos réunions Ecoutants/Référents.

A@P : Même ; si vous ne vous substituez pas aux victimes ou aux appelants, ne vous arrive-t-il pas dans certains cas jugés graves d’agir vous-mêmes auprès des instances administratives ou judiciaires ?
Philippe GUILLAUMOT : C’est ce que j’évoque dans la question précédente, si l’éthique d’ALMA vise à aider les acteurs du domicile, les victimes ou leurs proches à faire évoluer les situations pour faire disparaître la maltraitance, il y a bien sûr, je le répète, des situations dont l’évaluation très rapidement nous fait penser qu’il faut agir auprès des instances administratives ou judiciaires.

A@P : Effectuez-vous un suivi des dossiers portés à votre connaissance ?
Philippe GUILLAUMOT : Bien sûr le suivi des dossiers est repris régulièrement en réunions Ecoutants/Référents. En général, les dossiers ne sont clos qu’avec l’accord des Appelants quand la situation semble avoir été suffisamment modifiée ou améliorée pour qu’on puisse éteindre l’action ou la réflexion.

Propos recueillis par Joël BRAUD

Pau, le 19 octobre 2010

NB : Significations de certaines abréviations.

DDASS : Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale.

APAVIM : Association Paloise d’Aide aux Victimes d’Infractions et Médiation.

CCAS : Centre Communal d’Action Sociale.

INAVEM : Institut (fédération) National d’Aide aux Victimes et de Médiation.

SIAD : Service Infirmier A Domicile.

2008 = 34 dossiers traités.
2009 = 77 dossiers traités.
2010 = (au 15/10) 42 dossiers traités.


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