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Jeanne François et Yves Demanuel

lundi 22 août 2011 par Bernard Boutin


Notre région est un creuset de recherche, de création, d’innovation sans pareil : Des réacteurs d’hélicoptères de Turboméca aux forages en eaux profondes de Total, des fibres de carbone de Soficar aux moteurs des trams et TGV d’Alstom, des trains d’atterrissages d’Airbus de Messier aux ... recherches effectuées en amont dans les laboratoires de l’UPPA.
Derrière toute cette excellence, les femmes et les hommes ingénieurs et scientifiques du Bassin de l’Adour. Ils sont plusieurs milliers à démontrer tous les jours qu’au-delà d’un "Yes, we can" volontaire, réside un "Yes, we do" bien réel !
Rencontre avec Jeanne François, scientifique et Yves Demanuel, ingénieur, tous deux membres de « l’Union des Ingénieurs et Scientifiques du Bassin de l’Adour ». Retour sur les missions de l’UISBA et sur sa grande ambition de faire "aimer" de tous les jeunes en Adour les métiers de la science et de la technique.

Alternatives Paloises - Membres de l’Union des Ingénieurs et Scientifiques du Bassin de l’Adour, pouvez-vous nous dire quelles sont les principales missions de votre association ?
Jeanne François et Yves Demanuel - L’UISBA est une émanation du Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France dont la vocation est la défense des ingénieurs, la mise en avant de leurs métiers auprès des jeunes, la diffusion auprès du grand public des avancées scientifiques et techniques, la participation à de grands débats comme le Grenelle. Le Conseil représente les 630.000 ingénieurs de France qui mettent leurs compétences au service des grands dossiers économiques et industriels qui font vivre la nation. En Aquitaine, il y a plus de 20.000 ingénieurs et scientifiques. En Adour, plusieurs milliers.

Au niveau local, la première mission de l’UISBA est de faire connaître les métiers des scientifiques et ingénieurs auprès des collégiens et des lycéens par des rencontres sur leurs lieux d’études. Tout est abordé : les formations, les métiers possibles, le travail en équipe ou individuel, la recherche pure et l’ingénierie, les salaires.
Autre mission très importante que nous nous donnons : Rapprocher le monde de l’université, des écoles d’ingénieurs, des BTS de celui de l’entreprise afin de favoriser l’alternance dans les études. Nous devons penser le long-terme et pour cela il faut réconcilier Industrie, Formation, Environnement. Dans cette mission, nous bénéficions de nos membres qui sont des ingénieurs, des universitaires et des représentants des collectivités locales. Il ne faut pas aussi que ce ne soit que des fils d’ingénieurs qui trouvent de bons stages dans l’industrie. Le piston est un frein à la démocratisation des études...

Alternatives Paloises - Vous organisez aussi des conférences...
L’UISBA - Oui, même si nous sommes limités par des problèmes d’argent pour faire déplacer des « gens » de haut niveau et aussi par le caractère vite polémique de certains sujets. Nous réfléchissons actuellement à la mise en place d’une conférence sur le Nucléaire qui serait la plus neutre possible avec pour objectif de renseigner : Qui sait d’où vient la physique du nucléaire ? Pourquoi De Gaulle, Messmer ont fait le choix d’un nucléaire autre que militaire ? Notre rôle est d’informer avant tout. Pas de polémiquer.
Si nous voulons faire une conférence sur les gaz de schistes, vous imaginez les difficultés à aborder le sujet alors qu’il y a eu tant de désinformations sur celui-ci. Si on écoutait la Presse d’aujourd’hui, le gisement de Lacq des années 50 n’aurait jamais été exploité ! Il n’est pas facile de débattre sereinement de certains sujets.

Alternatives Paloises - D’une façon générale, pensez-vous que « l’entreprise France » bénéficie des moyens financiers et humains pour faire face aux challenges de la mondialisation ?
L’UISBA - La réforme Pecresse sur l’Enseignement Supérieur a crée des masses critiques lisibles, en matière de recherche, permettant des collaborations en France et avec l’étranger. La mondialisation n’est pas seulement une affaire commerciale. Elle se fait aussi au niveau de la recherche. Sans être lisible depuis l’étranger, on ne nous envoie pas de stagiaires ou d’invitations à une conférence même si nous sommes très bons. La science se traite maintenant en réseaux internationaux. Il convient que toutes les équipes de recherche en France soient reconnues. Ce n’est pas le cas encore pour toutes.

Alternatives Paloises - La recherche est-elle une « cause » nationale ?
L’UISBA - Oui. L’Agence Nationale de la Recherche et les pôles de compétitivités en sont les aspects les plus visuels. Les projets de l’ANR créée il y a 5 ou 6 ans, sont là pour contraindre les chercheurs à travailler ensemble et de préférence avec un industriel. A titre d’exemple : Si j’ai une idée sur le photovoltaïque, je ne vais pas la lancer dans un petit laboratoire. Je vais m’associer avec un chimiste, alors que je suis plutôt physicien. Puis ensemble, nous allons nous adosser à un industriel capable de produire la cellule photovoltaïque et éventuellement à un distributeur pour la commercialiser.

Les pôles de compétitivités, crées il y a 7 ou 8 ans, sont une idée proche des ANR. Plutôt que d’avoir des « petits labos » développant de « petites recherches » sans objectifs précis, l’idée est de développer des produits répondant à des besoins spécifiques des entreprises pour des marchés déjà identifiés. Pour cela, il a été décidé de regrouper tout le monde dans un même territoire dans le cadre des pôles de compétitivités.
La région Midi-Pyrénées était, par exemple, forte en aéronautique civile pendant que la région Aquitaine l’était en aéronautique militaire. Le pôle « Aérospace Valley » a été lancé.

Un échelon manque à ce schéma : celui de l’enseignement. Il fallait aussi que les industriels comme les laboratoires puissent bénéficier de jeunes très bien formés dans les domaines de compétitivités concernés. C’est ce qui est réalisé dans le cadre d’ « Aérospace Valley » où les besoins humains des entreprises et des laboratoires sont pris en compte par les universités et les écoles d’ingénieurs du sud-ouest.

Ces regroupements des compétences autour de filières (aéronautique, bois, chimie comme en Rhone-Alpes) bénéficient alors des financements prioritaires attribués par l’Etat à la recherche. Libre aux laboratoires et industriels de rester en dehors de tels regroupement mais les financements sont alors plus rares et les chances de succès plus limitées même avec une idée géniale.

Il y a indiscutablement une prise de conscience collective. Des enseignants viennent maintenant à nous pour nous demander d’animer des conférences sur la recherche et l’ingénierie. C’est nouveau.

Au niveau des formations, Il convient d’ajouter qu’il y a 5 ou 10 ans, un jeune d’une école d’ingénieur n’allait pas faire d’alternance chez un industriel et l’apprentissage n’était réservé qu’au jeune sortant avec un certificat d’études. En Adour, nous sommes passés en 30 ans d’une école délivrant le titre d’ingénieur à cinq. (Voir : http://www.alternatives-paloises.com/article.php3 ?id_article=5043 )

Alternatives Paloises - La recherche en France est en retard...
L’UISBA - Non. Cela dépend des domaines mais elle peut même être excellente comme dans celui des polymères où nous avons eu un Prix Nobel, Pierre-Gilles de Gennes qui a participé ensuite à des conseils d’administration de grandes sociétés comme Rhône-Poulenc, l’Institut Français du Pétrole et probablement TOTAL. Il était présenté comme celui qui avait découvert l’adhérence. On montrait ses travaux par quelqu’un d’accroché au plafond ! Il avait compris ce qu’était la colle. Cela nous faisait bien rire parce qu’il avait découvert bien d’autres choses...
Les avions sont de moins en moins soudés. Les matériaux composites sont maintenant collés. C’est parce que Pierre-Gilles de Gennes a compris ce qu’était le phénomène de la colle par la théorie et par l’expérience fondamentale qu’on peut faire aujourd’hui l’Airbus A380.

Alternatives Paloises - Qu’est-ce qui va donner à un jeune envie de choisir le monde de la recherche et de l’ingénierie, plutôt que le commerce ou les humanités ?
L’UISBA - La principale difficulté est d’abord de diriger les jeunes vers les sciences au lycée. Il y a des freins. Ils trouvent les maths difficiles, pensent que les métiers ne sont pas très bien payés. Il faut démolir ces idées.
Il faut aussi améliorer l’image de la science auprès du grand public en général. Il n’y a qu’une seule émission à la télévision suivie par les enfants ! : « C’est pas sorcier » sur FR3 et tous ne la regardent pas. Le plus grand nombre de spectateurs se retrouve parmi les enfants d’ingénieurs...
Le Prix Nobel, Georges Charpac s’était penché là-dessus et avait créé l’émission « La main à la pâte ». Dès la maternelle, il s’agissait d’expliquer pourquoi il y a une bulle de savon, pourquoi la voiture avance etc. De 5 à 95 ans, nous avons tous des portables. Qui cherche à comprendre comment cela marche ? Il y a beaucoup à faire.

Alternatives Paloises - Que faire de plus au niveau de l’UISBA ?
L’UISBA - Accroître notre présence dans les lycées et collèges et faire plus de vulgarisation comme nous le faisons déjà à la Foire Exposition de Pau où nous animons chaque année une conférence qui débouche sur la vie de tous les jours. En 2010, le thème présenté était celui de la Géothermie. Le 15 septembre prochain, nous serons à nouveau présents avec comme sujet  : le Photovoltaïque. 

Pour terminer, citons un ingénieur, Jacques Casanova, membre de l’UISBA qui, à propos de ses pairs, écrit dans son livre « 67, rue Duc-des-Cars » paru aux Editions Atlantica : « Intellectuellement imprégnés de l’humanisme viril de Saint-Exupéry (sens à donner à la vie, responsabilité, communauté, solidarité) ils veulent voir dans l’entreprise un rassemblement d’hommes unis par une même ambition, pour une aventure commune faite de réussite technique et d’avancées sociales. »


-  propos recueillis par Bernard Boutin


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Votre commentaire



> Jeanne François et Yves Demanuel
22 août 2011, par Jack Fagot-Barraly  

Vous parlez de milliers d’ingénieurs et scientifiques . C’est vrai il y en beaucoup et c’est necessaire comme sont necessaires et indispensables les milliers d’ouvriers ,ajusteurs ,tourneurs ,fraiseurs ,monteurs et autres opérateurs sur C.N sans oublier ceux qui bossent chez les sous-traitants . C’est ce qui fait qu’une entreprise quelle qu’elle soit, est avant tout une communauté d’Hommes et de Femmes ,qui pour gagner leur vie mais aussi par amour du métier et du résultat final...et de l’entreprise

> Jeanne François et Yves Demanuel
22 août 2011, par Rêveur des villes  

a@p donne dans le haut de gamme cette semaine ! Tant mieux, continuez.

Je crois qu’il est tant de changer les règles du jeu de la société. Qu’un ingénieur créateur de produit à VA, qui va servir l’économie, gagne moins qu’un commercial qui va acheter des produits en Chine pour les revendre en France, ce qui nuit à l’économie française, et doit cesser rapidement.

Pour aller plus loin, ceux qui ont "trop gagné" dans le commerce aux dépends de l’industrie française doivent rendre leur argent...

Investir dans la recherche est absolument nécessaire mais je crois qu’il faut taxer également fortement certains métiers nuisible à l’économie française.

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par Maximo  
    Investir dans la recherche est absolument nécessaire
     smiley smiley smiley donc dans l’éducation et la culture, de masse comme ciblée. Et vive l’école, l’université et... les médiathèques !

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par Rêveur des villes  
    Je pense pas que la future médiathèque géante fasse progresser d’un iota la recherche française.

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par Maximo  
    les médiathèques en général, si. Comme tout ce qui facilitera et démocratisera l’accès au savoir, aux savoirs, à l’intelligence et aux industries du savoir. Evidemment. Tout est lié et les progrès de la recherche sont intimement liés à la qualité et à la diversité des chercheurs, des étudiants, des industriels (et tant d’autres) bien sûr. Elle n’est pas ex nihilo

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par Rêveur des villes  
    Des grandes médiathèques ont fleuri un peu partout ces 10 dernières années (la plus démesurée étant celle de Pau, bien sûr). Cela n’a pas fait progresser la recherche pour autant. La question est ailleurs.

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par Maximo  
    Ailleurs mais pas uniquement. Evidemment que la médiathèque de Pau n’a pas fait avancer la recherche : elle n’est pas encore ouverte ! Et ce n’est pas non plus à l’aune de "ces 10 dernières années" que cela se fera ni verra, voyons. C’est un ensemble dont font partie ces instruments (que j’évoquais en référence à un autre article de ce matin) ; vous avez d’ailleurs noté que mon énumération a commencé par l’école et l’université. Nul ne serait assez couillon pour dire qu’une médiathèque, le bâtiment, va faire progresser la recherche !! N’ergotons pas !!

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par L’ OURS du Bois  
    le profil décrit (avant ouverture...)est très alléchant !!! restera le renouvellement des ouvrages !!!

  • > Jeanne François et Yves Demanuel
    22 août 2011, par claudiqus  

    Interview réjouissante !

    Bravo à l’UISBA et aux différents acteurs qui ont permis ce genre d’initiative . l’avancée de la recherche est primordiale, et mettre de nouveaux outils à la portée des jeunes esprits participera à susciter des vocations .

    La polémique aujourd’hui est constante, et due sans doute en partie à la vulgarisation scientifique disponible sur le web, qui possède son côté pervers par la divulgation d’une information non vérifiée et insuffisamment maitrisée .

    En ce sens, les médiathèques ont leur importance, à condition toutefois que le travail éducatif en amont soit à la hauteur ...

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