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Feuilleton (chap 3)

lundi 20 août 2012 par AK Pô


A quatre pattes sous la table du séjour divinatoire, John cherchait sur le plancher le brin métallique qui tenait jusque là la branche de ses lunettes. Dire qu’il était furax serait un vain mot, disons qu’il était hors de lui. Les sciences occultes, dont il ignorait les subtilités, venaient de lui jouer un tour pendable quant à ses oculaires, et le globe de cristal trônant sur la table faillit faire les frais de sa colère. Il lui fallait absolument retrouver ses yeux. Un courrier urgent à O en était la raison profonde. Non pas une demande de rançon, il n’en avait écrite qu’une, cela faisait maintenant une trentaine d’années, adressée à Joffrey de Peyrac, un banquier saltimbanque au charisme primesautier, pour récupérer l’âme perdue d’une jeunette en fleur. Depuis, jamais. John se devait de préciser à O que féral n’a rien à voir avec ferreux, et qu’un chat féral n’est pas, dans le quartier gothique, une ferronerie alambiquée dessinée par Gaudi.

Il retrouva le brin, dans l’interstice des moustaches d’un internaute qui cherchait la porte d’à-côté, et put rechausser ses lunettes sans corrompre ses pieds. Il rédigea sa note, remit son rapport avec Chinette à un jour meilleur, une meilleure humeur, quoi, et indiqua l’horaire du prochain train partant pour Bochiman city à l’internaute barbichu précédemment évoqué ici. Son humeur se bonifia, presque parfumée, dans cet habitacle où l’encens évanescent lui rappelait l’église de Lucgarier les bains, plus que la caravane dans laquelle, aujourd’hui encore, il avait blatéré derrière la porte aux cent issues érotiques. Il repose, telle une relique, la voilette gris de payne de Chinette sur la boule de cristal et, ce faisant, décida de se préparer un café, un espresso raffiné tel qu’il s’en consomme par millions sous l’oeil poétique du Tasse, non à Jérusalem (délivrée), mais bien à Venise, place saint Marc, ou sur les dalles sèches et sales du ghetto, face aux ouvertures cloisonnées de parpaings des antiques bâtisses.

Sitôt dit, sitôt fait. L’odeur du café, un Colombie narquois, lui titilla les synapses, et, s’installant sur le divan de velours pourpre, il le dégusta, les yeux mi-clos, en songeant à ses filles.

Rose, l’aînée, devait bien avoir vingt cinq ans, maintenant. Grande et flegmatique, une licence V en poche, elle vivait à Edimbourg depuis deux ans, et travaillait dans un pub du nom, se souvînt-il, de "At the Manx Man", où son petit ami, un DJ déjanté, passait du Bob Marley remixé à l’écossaise, ce que les indigènes du cru prenaient pour une aubade paupoètique du Yémen lointain. Les tatties servaient de bouchons d’oreille ( un équivalent du cérumen ici, si le cérumen peut être servi en patates chaudes, voire en robe de chambre). Elle avait l’air en forme, sur les photos reçues à Noël, et par les voyances hebdomadaires de sa mère dont John était le récipiendaire. (Bien que ne sut jamais que Chinette entretenait des rapports virtuels intenses avec Nessie).

Ce n’était pas le cas de Rose, la cadette,dix neuf ans, qui habitait depuis peu quai Henri IV, et dont il avait de fréquentes nouvelles par l’oncle Joé, qui lui faisait d’incertaines crédits sur les pizzas aux anchois, dont elle était friande, depuis l’époque de ses colonies de vacances à Collioures. Mais à trop s’endetter, elle risquait de filer un mauvais coton, et, comme disait Chinette, ce n’est pas avec du mauvais coton qu’on fait les jolies poules. Pourtant, d’après Joé, (car sa mère était incapable de lire l’avenir dans la pâte à pizza), tout roulait, pour elle. Elle savait lire et écrire, compter sur ses mains, donc rien ne pouvait lui arriver, sauf peut-être, insinuait l’oncle, qu’une vache lui tombe dessus du troisième étage de la rue Quincampoix, ce qui serait miséricorde raide, si jamais elle venait à traîner par là. Ce qui, pour l’instant du moins, n’est pas avéré.

Rose, la troisième, avait dix ans. Elle était fascinée par la mythologie grecque, notamment par Diogène, qui vivait dans un tonneau. Elle se voyait déjà lancée à sa poursuite, sur une gabarre bourrée de carassonne et de mérain, descendant la Dordogne en chantant des barcarolles dignes d’une bacchante. John avait du souci à se faire, malgré que les générations évoluent dans le sens contraire des courants maritimes (dixit Joffrey de Peyrac, le 20 mai 1992, à la table du Grand Turc).

Rose, la petite dernière (pour l’instant), était la plus adorable. Elle servait à table, remplissait les verres des invités, et jamais un mot plus haut que l’autre. Sa mère portait une attention particulière à son éducation. On ne naît pas Hohenzollern entre la Sare et les casernes par hasard, on connaït Ferré et Aragon, dans la famille. Mais on tait gentiment les voies ferrées dans la province de l’Aragon. C’est bon pour les paysans de Paris.

On toqua vivement à la porte. Le chambranle branla sous les coups de boutoir. Quel était ce maboul qui frappait à tout-va ?

"- Guido, bon sang, qu’est ce qu’il t’arrive ?

"- Bou... Bouygues recapitalise ! les actions remontent en flèche le caleçon du CAC 40 § Tu es riche, John, riche en tant qu"ex-salarié actionnaire au capital de ta boîte. Tu m’entends, John ?

"- Pfou ! t’es dingue ! j’ai vendu toutes mes parts à O, il y a deux jours, pour qu’elle achète des friskies à ses chats. Va donc lui annoncer, à elle !

"- Meeeerde ! On n’a pas fini de manger de la pasta asciutta, alors, hein, John ?

"-Chi lo sà, Guido ? Peut-être que si tu allais la voir en Lambretta, elle t’offrirait une pizza aux anchois ?"

...

par AK Pô

03 08 12


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