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Feuilleton (chap 9) : récit de l’ enfance de John.

lundi 8 octobre 2012 par AK Pô


Maintenant que les héros de cette histoire sont en place, et que certains vont se trouver réunis chez Carlyle le bougnat dans quelques heures, il semble bon, avant cette rencontre, de revenir un peu sur les origines de chacun, de chacune, et éventuellement, des circonstances de leur rencontre. Ainsi, voici en premier lieu :

la petite enfance de John

Il y avait encore des touffes de coquelicots dans les fossés de Regent road quand John vit le jour, dans cette cité magique d’Edimbourg. Un plein soleil avait élu domicile, exceptionnellement, sur la ville ce jour-là, le 31 juillet 1964, lorsque sa mère lui pinça les fesses pour le faire crier, et qu’ainsi ses bronches s’ouvrissent au monde en ingurgitant cet air puissant descendu des Highlands, venu faire la sieste dans Holyrood Park. John était le troisième enfant du couple. Sa mère, Clara (née Westinghouse), avait vingt cinq ans et s’occupait essentiellement de la marmaille. Le père, Thomas Galopin,souvent absent de par sa profession (il était souffleur dans un théâtre de banlieue, le Whatosee, et sa présence s’avérait indispensable lors des répétitions et des représentations, tant il est vrai que les acteurs écossais ont un petit pois dans la cervelle et une mémoire de calculette à quatre fonctions maximum). La pièce, "kilt or double", remportait par ailleurs un énorme succès, ce qui justifiait à la fois l’absence du père à la maison et la présence du souffleur dans la fosse.

Les frères de John, nés d’un premier mariage du père, avaient huit et quinze ans. Ils étaient scolarisés au White House Collège et préparaient sur le long terme un master de contrepéteur lyrique pour l’aîné, William, et un BTS de plombier chauffagiste (option douches) pour le cadet, Stan. Ce fut dans cette famille à l’enthousiasme délirant que John passa sa tendre enfance. Dès qu’il eut l’âge de traverser seul la route, il s’initia aux rites de la ville, s’accoquina à un gang de quartier, les Jewells, qui avaient coutume de sonner aux portes, de voler du cheddar dans les épiceries, de se gorger de boissons gazeuses sucrées et de muffins, tout en tirant la langue aux vieillards claudiquants et la queue de leurs chiens, groupe de sales gosses marchant le long de la voie ferrée ( que par ailleurs il voyait de sa chambre) en faisant tchou tchou. Bref, une enfance oisive et donc captivante.

Quand à l’âge de six ans on le mit à l’école, la vie de John bascula brusquement. Ce n’était guère la contrainte du lever matinal ou la présence obligatoire aux cours, mais la grande et terrible révélation qu’il eût lorsque, jaillie du néant de son biberon disparu, parut Maggie Mac Gee. Ce fut un soleil qui bondit dans son coeur d’enfant, une lumière galopant dans ces landes de bruyère au sol brossé par un vent sans pareil qui en exhalte la maigre végétation en l’affolant, ce pays où la tourbe en briquettes sèche et nourrit les esprits de folles légendes, où les cornes poussent plus vite que la laine des highland cattle, ces vaches magnifiques à la chair d’un goût persillé,( peut-on lire dans une encyclopédie gratuite avec photo à l’appui), où Nessie ne s’offre qu’aux flashes des autochtones et où le vent érode les bâtisses ancestrales pour purifier la beauté des châtelaines, telle Maggie Mac Gee, vingt ans à peine, institutrice un peu replète, les seins pigeonnants mais roides sous le vent de noroît, beauté étrangement attirante, couverte de tâches de rousseur, éphélides papillonnantes sur les joues et les bras, cheveux flamboyants d’un roux de braise (ou de beurre fondu), véritable fée pour un jeune enfant et ensorcelante sorcière pour un jeune mâle...

Maggie avait en elle ce que les parents aimeraient voir dans leur progéniture : un naturel, une spontanéité et surtout un rire ample et éclatant, qui ne grimace pas devant la soupe aux pommes de terre et lard. Elle ne râlait jamais, si ce n’est de plaisir, même quand de petits salopiots laissaient dans les toilettes ou dans la cour les traces de ce qui fait que le monde ne sent ni la rose ni la bonne humeur, ces chewing-gums collants qu’elle ponçait alors en courbant l’échine, sous l’oeil graveleux des professeurs de math et de langues appliquées qui, tout en fumant cigarette sur cigarette, faisaient semblant de commenter les derniers affrontements sportifs entre Glasgow la Prolo et Edimbourg la Bourge.

Maggie chantonnait, replaçant son bandana sur le front d’un revers de main bien ajusté, essorant la serpillière dans son immense seau,comme si elle étrillait le monstre du loch Ness de ses doigts aimables et caressants. Elle vivait dans un petit studio de Newington, au sud, n’avait pas de petit ami connu ni de relation avec un journaliste de la BBC, (ce qui peut être utile si Nessie pointe le bout de sa face d’hippocampe). Et le petit John, qui subodorait son avenir sans le voir venir, décida ce jour-là que Maggie serait son premier grand amour. Aimer, quand on a six ans, n’a rien d’une gageure, quand on sait que d’autres, à soixante six, n’ont jamais aimé du tout, si ce n’est le parfum du pognon.

La famille Galopin déménagea trois fois en six ans, toujours dans la ville. Le chemin de fer de Regent road empêchait les enfants de dormir et incitait le père à faire tchou tchou un peu trop souvent au goût de Clara. Ils vécurent deux ans à St Leonard’s street, époque où Clara se lia d’amitié avec Maggie, croisée maintes fois à l’école. Ainsi John fréquenta-t-il régulièrement le petit studio de Newington, dans lequel Clara et Maggie bavardaient à aiguilles rompues en cousant leurs tartans, ou cuisinaient le haggis en vue du 25 janvier, date du Burn’s Supper (dédié à Robert Burns, auteur du fameux "address to a haggis" (Edimbourg 1787). Les deux femmes s’entendaient bien et leurs discussions tournaient autour de la face ovale des garçons qu’elles avaient connus et dont elles aimaient se moquer. John apprit ainsi que Maggie avait eu un petit ami nommé Teddy, qu’elles dérivèrent en Taddies (patates), quand elles ne le surnommaient pas Brad Pitt Pit (tourbe). Maggie l’avait trouvé séduisant, mais ses critères différaient certainement de la norme, car Pit ne plaisait qu’aux petites bourgeoises de Prince’s street, où il travaillait comme serveur dans un pub fréquenté par une jeunesse mi-pubère attardée, mi-teenager post Teddy Bear.

Cette révélation mit John, alors âgé de onze ans, dans tous ses états. Il sentit poindre un fond de jalousie qui le bouleversa. Décida-t-il alors de consacrer sa vie future d’adulte au covoiturage dans les Highlands, d’embrasser une carrière de trader à la City, de s’installer comme éleveur de manx sur l’île de Man, du tout. Il se contenta de s’assoupir sur le sein de sa mère, qui avait déposé ses aiguilles sur le railway d’Edimbourg Central Station et racontait à son tour comment elle avait rencontré son Thomas, alors qu’ils n’avaient que vingt et un ans, au Royal Scottish Academy, quand une giboulée les avait réunis sous le porche magistral de l’entrée, à moins que ce ne fût au Scottih National Gallery Of Modern Art, vers Belford road, enfin, tout ce dont se souvenait Clara, c’était du temps épouvantable qui régnait dans son estomac, débordant il est vrai de Mac Ewans, et d’autres stout chavirants et diurétiques en diable. Le jeune couple avait atterri dans un french bistrot de Victoria street, tenu par un irlandais nommé Carlyle, dont on sait qu’il émigrera plus tard vers le sud de la France, en passant par l’Auvergne où il apprendra au passage la langue de Vialatte. Ce qui se passa ensuite entre Clara et Thomas fut clair : l’oeil vif de Maggie se dirigea vers John, qui rougit comme une pivoine en pot sur un balcon, à la belle saison.

Voilà à peu près résumés les principaux souvenirs de John à Edimbourg. En 1976, le théâtre Whatosee ferma. Thomas eut une opportunité de travail quasiment dans la foulée : on recherchait un souffleur de verre, poste à pourvoir à Murano, Italie. La seule condition d’embauche : être imberbe. Ce qui était le cas de Thomas, et sa chance. Ainsi, le 15 septembre 1976, une partie de la famille Westinghouse-Galopin s’installa à Venise, sur la fondamenta Secco Marina, derrière le jardin public. Les deux frères de John restèrent à Edimbourg poursuivre leurs études et passer leur diplôme, avant de faire plus tard pour l’un une carrière de comptable en verlan et de ministre (époque Thatcher) pour l’autre. John venait d’avoir douze ans.

AK Pô

19 08 2012


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